19 février 2009 • Compte rendu de conférence par Mathieu Lavigne
Une mauvaise réponse à une bonne
question
Hubert Doucet
Panel avec Pierre Deschamps (juriste),
Monique David (infirmière en soins palliatifs),
l’animateur Jean- Claude Breton et Hubert Doucet
(bioéthicien)
Depuis plusieurs années, je me pose
et repose la question : l’euthanasie est-elle un geste humain nécessaire?
Quand j’entre dans certains centres d’accueil ou d’hébergement,
quand on me raconte certaines histoires invraisemblables qui se passent
dans quelques établissements, quand je participe à des consultations
en éthique, par exemple, à propos de malades souffrant de sclérose
latérale amyotrophique qui demandent le soutien de l’établissement
pour les aider à mourir, cette question m’interpelle toujours :
l’euthanasie ne devient-elle pas un geste humain nécessaire? Dans
le cadre de la médecine moderne et de l’organisation des services
de santé actuels, je considère que c’est une très bonne question.
Elle ne peut ne pas ne pas être posée.
Mais, à chaque fois, que
je me pose la question, j’en reviens toujours à la même
position : l’euthanasie me paraît être une mauvaise réponse à
une bonne question.
Ce soir, je voudrai particulièrement faire voir
en quoi notre question « l’euthanasie est- elle un geste
humain nécessaire? » est une bonne question. Je veux mettre en relief
que c’est une question difficile et qui le deviendra de plus en plus.
Ce n’est pas l’affirmation de quelques principes classiques
en théologie et en philosophie qui arrivera à convaincre la société
que c’est une mauvaise réponse à une bonne question.
Je présenterai trois situations qui rendent de plus en plus difficiles
de convaincre nos contemporains de la non pertinence
morale de l’euthanasie
Situation 1 : les soins palliatifs et l’euthanasie
Lorsqu’ils sont
bien faits, les soins palliatifs, nés dans les années
1960, permettent de répondre à de multiples inquiétudes
que nous avons lorsque nous pensons à la souffrance
(tant physique que psychique et spirituelle) de la maladie
terminale. De fait, lorsque les médias présentent des
témoignages sur la qualité de l’accompagnement que
ces soins permettent d’atteindre, le lecteur ne peut
que conclure qu’il est possible de mourir avec humanité
dans notre monde technoscientifique. Ces soins constituent, en quelque
sorte, une des plus belles formes qui soient de la bonne mort en
contexte contemporain. Ils ont joué et jouent encore un rôle considérable
pour adoucir la douleur que nous craignons et apprivoiser
la mort qui nous inquiète.
Je dois aussitôt ajouter à cette louange
à l’égard des soins palliatifs que, malgré leur remarquable
contribution, ils n’ont pas réussi à nous convaincre comme société
de leur impérieuse nécessité.
1. D’une part, ils sont
peu développés. La situation québécoise et canadienne
est déplorable à ce propos. Dans un rapport récent, la Coalition
pour les soins de fin de vie de qualité du Canada indique qu’au
moins les deux tiers des Canadiens (63%) qui sont mourants n’ont
pas accès à des soins palliatifs adéquats. Si, dans plusieurs
secteurs des soins de santé, les soignants se soucient de plus en
plus de prévenir la douleur des patients, il n’en demeure pas moins
que, malgré tous les rapports et tous les discours officiels, de
nombreux patients qui approchent de la fin de vie n’arrivent pas
à trouver des soins palliatifs appropriés.
2. D’autre part, ces
soins sont interprétés de diverses façons. On parle
même d’anarchie dans les pratiques. Il faut lire, à
ce propos, la conception restrictive qu’en ont les juges
de la Cour suprême du Canada dans la cause de Sue Rodriguez.
Ces soins se limitent à contrôler la douleur et, en
ce sens, ils avancent la mort.
3. Enfin, à comparer
les modes actuels de travail avec ceux des fondateurs
des soins palliatifs, on se rend compte qu’ils deviennent de plus
en plus techniques à l’image d’une médecine qui privilégie l’organe
plutôt que la personne malade, et cela malgré le malaise des soignants
à ce propos. Il faut dire que, dans beaucoup de milieux, les mourants
y séjournent de moins en moins longtemps, rendant difficile
la pratique d’un accompagnement global. Ne mettons-nous pas les patients
en fin de vie dans la situation de souhaiter l’euthanasie ou de se
faire aider à commettre le suicide ? En conclusion de
cette première série de remarques, je dirais que les
soins palliatifs, malgré le respect que tous et toutes ont pour
eux ne sont pas parvenus à nous persuader que l’euthanasie n’est
jamais nécessaire pour que la mort soit humaine.
Situation 2 : une
nouvelle vision de la vie et de la mort
Depuis l’arrivée
des soins palliatifs dans les années 1960, la médecine
et la démographie ont profondément changé. Les personnes
malades, atteintes de cancer, vivent de plus en plus
longtemps et doivent aller chercher au fond d’elles-mêmes
la force pour vivre et survivre : leur lutte est épuisante. L’âge
de la retraite représente pour plusieurs, en particulier pour les
femmes qui vivent plus longtemps que les hommes, le début de l’euthanasie
sociale. L’âge et la maladie font qu’un nombre grandissant
de ces personnes exprime le désir de mourir, même si elles ne sont
pas mourantes. Elles sont fatiguées de vivre. Ces personnes ne demandent
pas nécessairement l’euthanasie (s’impose ici un travail
de discernement), mais nous indiquent qu’elles n’ont plus de souffle
pour continuer la route avec nous. C’est là un thème nouveau que
l’on a vu apparaître, dans la littérature scientifique, au cours
des cinq dernières années.
De fait, je remarque que
nous tenons à propos de la mort des discours qui étaient
tabous jusqu’à récemment et qui vont à contre courant de ce que
nous avions l’habitude d’entendre. Ces discours affirment que la
mort ne nous effraie pas, parfois elle nous effraie moins que la
vie.
1.
Le suicide, par exemple, fait de moins en moins peur.
La société canadienne accepte de plus en plus la possibilité
du suicide, comme le révèle un sondage réalisé pour le compte
de l'Association québécoise de prévention du suicide et rendu
public en septembre 2006, à l’occasion de la Journée internationale
de prévention du suicide; 52 % des résidents de la Colombie-Britannique
trouvent le suicide acceptable et 42 % des Québécois
ont la même opinion.
2. Dans un autre registre, l’aide médicale au suicide
apparaît à plusieurs comme la solution la plus adaptée
face à la situation désespérée de la maladie grave
et débilitante ou souffrante. À l’argument classique qui faisait
du caractère sacré de la vie un incontournable obstacle à l’euthanasie
et à l’aide au suicide, la réponse est qu’il s’agit là d’un principe
religieux qui n’engage que les croyants. Dans une société
des droits de la personne, la qualité de la vie, soutient-on, est
un argument beaucoup plus central. Lorsque la qualité de la vie
n’est plus, la mort apparaît meilleure que la vie. L’opinion publique
semble aujourd’hui favoriser cette option, du moins d’après
la plupart des sondages. Pour ce courant, la mort paraît parfois
meilleure que la vie.
Avec l’arrivée des « baby boomers
» au seuil de la mort, ne serons-nous pas confrontés
à ce type de demande qui nous conduira à l’euthanasie parce que
nous voudrons respecter leur autodétermination? Comment, comme société,
allons-nous réagir à cette tendance qui va aller en grandissant?
Situation
3 : la maladie chronique et l’euthanasie
En regardant
le travail remarquable des soins palliatifs pour accompagner
les personnes en fin de vie, nous pourrions être tentés de conclure que,
si nous avions de bons soins palliatifs, l’euthanasie
ne serait pas nécessaire. Beaucoup de spécialistes en soins palliatifs
sont convaincus de ce point de vue. On pourrait donc éviter l’euthanasie.
Mais que faire lorsqu’une personne souffre de sclérose
latérale amyotrophique ou d’une autre maladie dégénérative
qui lui tombe dessus à l’âge de 40-50 ans ou même
plus tôt et avec laquelle la personne aura à vivre
pour des décennies ? Ici la durée épuise. Les soins
palliatifs ont été pensés pour le court terme où
la mort est proche et non le long terme où la mort est
encore loin. C’est comme si la philosophie des soins
palliatifs ne pouvait s’appliquer ici.
Remarquons que les débats
récents, du moins certains très médiatisés, autour
de l’euthanasie ont été en lien avec les maladies dégénératives
ou des conditions chroniques s’étendant sur un long temps. Ces demandes
de libéralisation de la loi ne proviennent donc pas de personnes
mourantes. Certains de ces malades deviennent même les hérauts
d’une croisade en faveur de l’euthanasie et de l’aide au suicide.
Que l’on pense ici à Sue Rodriguez au Canada, Vincent Humbert en
France et à cette Québécoise qu’une équipe de Télé-Québec
avait accompagnée en Suisse pour se faire aider dans son suicide.
À ce propos, les soins palliatifs ne semblent pas avoir abordé
cette gestion du long terme. De fait, à leur origine, ce n’était
pas leur mandat. Et pourtant si ces malades chroniques survivent
aussi longtemps, c’est grâce au progrès de la médecine moderne.
Ces situations nous renvoient au sens même de la médecine moderne.
Elle nous faisait rêver de guérison, de qualité de vie, de miracle.
Nous nous retrouvons devant des demi-victoires et avec la question
: que faire dans ces situations?
Devant ces souffrances,
beaucoup de médecins veulent faire preuve de compassion.
Et l’une des manières de manifester cette compassion,
c’est d’accélérer la fin de vie. En acceptant l’euthanasie
et l’aide au suicide comme une réponse à la souffrance du patient,
la médecine fait sans doute preuve d’humanité. De plus, elle échappe
ainsi à la critique de n’être que volonté de puissance,
comme on l’accuse parfois. Du même coup, elle évite de se poser
une question fondamentale qu’elle doit regarder en face : pourquoi
une médecine si fière de ses réalisations en arrive-t-elle à
faire souffrir autant les gens qu’elle prétend sauver? Pourquoi
les laisse-t-elle dans un tel état? Voilà la question fondamentale
qu’il nous faut poser.
Une option thérapeutique pour fin de trop grande souffrance
Monique David
Infirmière depuis 1975, j'ai d'abord travaillé à l'Hôtel-Dieu
de Montréal pendant 15 ans. J'ai commencé à travailler en soins
palliatifs, à temps partiel, en 1991. Ma première expérience
en Maison de soins palliatifs remonte à 2003 alors que je faisais
un certificat en soins palliatifs à l'université Laval, en collaboration
avec l'équipe de la Maison Michel-Sarrazin de Québec. Puis, j'ai
participé à l'élaboration du volet clinique des soins lors de
la mise sur pied de la Maison de soins palliatifs de la Rivière-du-Nord
et je travaille à cet endroit comme infirmière soignante depuis
2 ans. Mes propos sont basés sur mon expérience clinique et inspirés
de ce que j'ai vécu et appris dans ces 2 Maisons.
L’euthanasie est-elle un geste humain parfois nécessaire pour le
patient en phase terminale d’un cancer?
Quand la souffrance physique
et existentielle, s’additionnent à la perte de sens,
à la dépendance, à la vulnérabilité et à l’impuissance dans
le quotidien d’un grand malade est- que l’euthanasie devient le geste
humain à poser?
Parler d’euthanasie, c’est d’abord parler d’êtres
humains en souffrance. Et plusieurs patients atteints
de cancer qui ont perdu la bataille contre la maladie sont très
certainement du nombre. Et, dans une Maison de soins pall, où nous
accueillons ces gens en fin de vie, il est vrai que certains d’entre
eux nous demandent l’euthanasie, parfois en arrivant, dès la première
journée.
Mais moi je peux vous dire que surtout pour ces patients
en fin de vie, il est possible de faire autrement grâce
aux soins palliatifs de fin de vie donnés par des professionnels
formés à cet effet.
Particulièrement quand ils sont offerts dans
le cadre d’une Maison de soins pall., ces soins constituent
à mes yeux, la réponse la plus complète mais surtout la plus humaine
que l’on puisse actuellement offrir aux patients en fin
de vie.
Les soins palliatifs de fin de vie visent l’amélioration
de la qualité de vie du patient par le soulagement adéquat
des différents symptômes et ils s’adressent aux patients qui ont
une espérance de vie de moins de 3mois.
Les maison de soins pall, quant
à elles, sont une alternative (domicile, hôpital)...
leurs 2 grands avantages sont :
1er un petit ratio patient/infirmière.
De l’ordre de 3 à 5 patients pour 1 inf,
2e grande souplesse
dans l’organisation des soins
On y retrouve une équipe
soignante spécialisée qui déploie un savoir-faire
mais également un savoir-être qui reposent sur les grandes valeurs
de base des soins palliatifs : le confort, la dignité et le respect
du patient.
Bien qu’ils soient en fin de vie, les patients sont accueillis
dans ces Maisons, comme étant d’abord des PERSONNES
VIVANTES.
Pour l’équipe, ils ont une « identité » autre que celle
de patient et leur histoire dépasse celle de leur maladie.
Au-delà de la maladie, nous cherchons à rejoindre la personne.
Bien sûr, ces gens savent qu’ils vont bientôt mourir.
Et chacun d’eux, à sa façon, essaie de franchir cette
dernière étape le plus dignement et le plus courageusement
possible. C’est rarement facile, mais ça ne veut pas
dire pour autant que leur vie se termine dans l’angoisse
et le désespoir.
En fait, c’est plutôt rare.
Cependant, il est
vrai que les patients atteints de cancer présentent
parfois des complications dramatiques qui commandent
l’utilisation du protocole de détresse. Ce protocole ne doit pas
être confondu avec un geste d’euthanasie même s’il arrive que certains
patients décèdent à la suite de son administration. Je vous en
reparlerai.
Une autre option thérapeutique de fin de vie que nous
envisageons parfois et qui ne doit pas être interprété
comme un geste d’euthanasie, c’est la sédation palliative.
Je prendrai donc le temps de vous parler de l’un et de l’autre
dans la 2e partie de mon exposé.
Mais d’abord, quand, au cours de
la dernière étape de sa vie, le patient a été soulagé
ou du moins allégé de sa souffrance, quand son sentiment de dépendance,
d’inutilité et d’impuissance s’est estompé, permettant
de redonner une valeur et un sens à ce qu’il vit, quand il a eu
quelques petits bonheurs avec les gens qu’il aime, alors
parfois, le regard qu’il porte sur le temps qui lui reste n’est plus
le même...
Pour l’équipe, le chantier est grand et les obstacles
parfois nombreux, mais je vous assure qu’on peut faire
beaucoup pour aider les patients à parvenir à ce mieux-être et
à connaître une fin de vie plus humaine où l’euthanasie n’est
plus envisagée.
L’équipe poursuit simultanément 3 objectifs:
• améliorer la qualité
de vie;
• prendre soin de la personne dans
sa globalité;
• tenter de briser l’isolement du patient.
Je vous invite à prendre quelques minutes pour regarder
ces 3 objectifs de plus près :
1e objectif : améliorer la qualité de vie
Quand le
corps n’est
plus que douleur et inconforts, il est humain de vouloir
en finir au plus tôt. L’équipe travaille donc très
fort pour soulager le patient de ses symptômes, pour
améliorer sa qualité de vie et son niveau de confort,
tout en conservant le plus intact possible sa faculté
de communiquer et son autonomie.
Quand nous réussissons
cela, il arrive souvent que le patient retrouve un certain
intérêt pour la vie et qu’il ne soit plus aussi désireux
d’en finir rapidement.
2e objectif : prendre soin de la
personne dans sa globalité (c’est une PERSONNE MALADE)
Le patient en fin de vie fait l’expérience de sa fragilité
et de son impuissance. Malade, affaibli, vulnérable
et dépendant, le malade se demande à quoi il sert maintenant?
Mais aussi, parfois, à quoi sert de continuer?
Il faut
pouvoir prendre le temps d’entendre cette souffrance.
De la recevoir. Prendre le temps de la rencontre, de
l’écoute et du support dans une présence à l’autre
et une disponibilité qui traduisent notre solidarité
et notre engagement face à lui.
Parfois, alors, la souffrance
devient plus supportable du fait d’avoir été partagée
dans un climat de confiance.
3e objectif : briser l’isolement
du patient
Il s’agit de redonner du pouvoir au patient
en l’écoutant nous parler de ce qu’est pour lui, une
meilleure qualité de vie.
Afin de proposer ensuite une
approche personnalisée des soins qui respecte non seulement
le rythme du patient et son niveau d’énergie, mais également
ses préférences et ses habitudes de vie. Nous nous
ajustons au patient.
Et nous prenons le temps ...
D’assurer une présence
auprès du malade qui ne veut pas s’endormir de peur
de ne pas se réveiller.
De veiller le patient qui n’a
personne à ses côtés et qui réclame une présence.
De rester auprès du malade anxieux qui sonne sans arrêt.
Nous essayons aussi de soutenir l’espoir au quotidien,
en facilitant la réalisation de petits projets, souvent
porteurs de vie. Ça se fait souvent avec les proches
qui sont vus comme étant les gens les plus importants pour le patient.
Avec leur complicité, les anniversaires et les moments importants
pourront être soulignés (mariage, anniversaire, baptême).
Et c’est
ainsi que parfois, le temps du mourir devient « un temps
pour vivre des heures précieuses où la joie a encore
sa place. »
Le protocole de détresse
Il arrive qu’un
patient à peu près stable ou confortable présente
soudainement un symptôme sévère. Disons une difficulté
respiratoire majeure que nous n’arrivons pas à faire
céder avec la médication habituelle. Le symptôme devient
de plus en plus sévère, le patient a de plus en plus de difficulté
à respirer, il est au bord de l’étouffement.
Malgré
une escalade de moyens, rien ne fait rien. C’est une
situation de détresse respiratoire. L’intervention appropriée
dans ces situations est le protocole de détresse que
nous administrons quand le patient y consent. Notre but: endormir
le patient, pour lui éviter de subir consciemment cette
détresse. Mais nous ne pouvons pas GARANTIR au patient qu’il se
réveillera.
Ex : spasme de la trachée v/s rupture de la tumeur
à l’intérieur du poumon
S’il se réveille quelques
heures plus tard, la difficulté respiratoire est disparue
et il ne se souvient pas vraiment de l’épisode de détresse.
Mais,
dans certains cas, le patient ne se réveille pas et
il meurt dans les heures qui suivent... ce n’est pas de l’euthanasie,
nous n’avons pas hâté sa mort.
Il est décédé d’une complication
subite liée à son cancer. Et le protocole de détresse
lui a évité d’en être conscient.
Résumé : patient
stable, apparition soudaine d’un symptôme majeur, interventions
infructueuses, patient en détresse, Protocole, patient
endormi pour qqes heures ou décès...
Parlons maintenant de la sédation
palliative
La sédation palliative, c’est une un sommeil
provoqué, profond et continue. Le patient devient progressivement
inconscient et la sédation le maintient dans cet état,
habituellement jusqu’au décès.
Nous envisageons la sédation palliative quand
le patient souffre de symptômes sévères, réfractaires
pour lesquels toutes les tentatives de soulagement se
sont avérées inefficaces, et cela, jour après jour
et parfois, semaine après semaine(interventions physiques,
pharmacologiques, psychologiques, spirituelles.)
Pour
ces patients fragilisés par l’usure de la douleur ou
de la souffrance, pour ces patients ayant expérimenté
l’impuissance de la médecine à les soulager d’un symptôme
intolérable pour eux, continuer la route dans ces conditions
signifie souffrir jusqu’à la fin et ils demandent notre
aide pour éviter cela.
Quand ce genre de situation se
présente, nous proposons la sédation palliative car
nous avons le devoir et les moyens de soulager ces patients,
même si cela doit abréger leur vie ( ce qui n’est pas
toujours le cas). C’est notre solution de dernier recours,
« une mesure d’exception... une option thérapeutique
de fin de vie. »
Jusqu’à tout récemment, les symptômes
majeurs et réfractaires étaient majoritairement d’ordre
physique, comme une douleur non contrôlée. Par contre,
depuis peu, la souffrance existentielle se présente
comme un de ces symptômes intolérables, pour lequel
les patients réclament un soulagement. Selon la littérature,
jusqu’à 34% des demandes de sédation sont faites pour
souffrance existentielle. Est-ce que c’est le fait d’avoir
moins de douleur et d’inconforts physiques qui « permet
» davantage l’émergence de la souffrance existentielle
chez le patient? Peut-être
Est-ce que cette souffrance
fera désormais partie des difficultés vécues en fin
de vie compte-tenu des valeurs de notre société ? Peut-être.
Quoi qu’il en soit, cette souffrance existentielle fait
appel à des considérations beaucoup plus subjectives,
et comme soignants, nous avons très souvent la nette
impression que nos moyens pour la soulager sont beaucoup
plus limités.
Actuellement la reconnaissance de cette
souffrance comme symptôme justifiant le recours à la
sédation palliative ne fait pas l’unanimité dans le
milieu des soins pall de fin de vie.
C’est habituellement le médecin
qui propose la sédation palliative, mais certains patients
la refusent .
Parfois, c’est le patient qui en fait la demande.
Mais,
que la sédation soit abordée par l’un ou l’autre, la
décision ne se prend jamais la première fois qu’on
en parle.
Il y aura une démarche de clarification extrêmement importante
qui sera faite avec le patient afin de lui permettre
de prendre une décision éclairée. Cette démarche sera faite également
avec les proches. Car il est important que tous comprennent le double
effet de la sédation palliative. Elle apportera le soulagement
espéré par le patient, mais elle implique également l’arrêt de
l’alimentation, de l’hydratation et de la communication. De plus,
la sédation peut durer de quelques heures à quelques jours, voir
des semaines. Sont-ils prêts à cela? La décision revient au patient.
Contrairement à l’euthanasie, la médication utilisée
pour obtenir la sédation palliative est administrée
à des doses minimales, elle est non toxique et ses effets
sont réversibles. (ex :patient qui a été endormi X
48 heures) Les combinaisons requises en fonction des
symptômes présents sont ajustées au cas par cas et
permettent « d’éviter le surdosage qui pourrait abréger la vie
du patient »
L’intention n’est pas de faire mourir le patient mais
bien de le soulager de ce qui était insupportable pour
lui.
Cette intentionnalité est primordiale car elle place la sédation
dans la catégorie des traitements actifs et positifs
dont la finalité est thérapeutique..
La SÉDATION Palliative...
• ce
n’est donc pas un suicide médicalement assisté;
• ce
n’est pas de l’euthanasie lente;
• ce n’est pas une « mort
au ralenti »
C’est une option thérapeutique de fin
de vie pour mettre un terme à une trop grande souffrance,
et non pour mettre une terme à la vie du patient.
Endormi,
inconscient, calme, le patient continue de recevoir des
soins de confort jusqu'à la fin. Et les proches, qui
vivent souvent un grand
soulagement, acceptent la plupart du temps que la mort
vienne à son heure.