Place au respect de soi, à la culture
démocratique, aux valeurs laïques et égalitaires
Marie-Andrée Bertrand
Docteure en criminologie (Université
de Californie, Berkeley) et professeure émérite de l’Université
de Montréal
24 octobre 2006 • Débat sur «Les accommodements raisonnables»
Marie-Andrée
Bertrand est docteure en criminologie (Université
de Californie, Berkeley) et professeure émérite de l’Université
de Montréal. Elle a enseigné surtout dans cet établissement depuis
le début des années 1960, mais elle a aussi été professeure invitée
dans plusieurs universités étrangères: Hambourg, Brême, Oslo, Chicago,
Berkeley; et en Espagne, à l’Institut international
de sociologie du droit. Elle a été chercheure associée au CNRS-CESDIP
(Centre d’études sociologiques des institutions pénales) en France.
Elle se définit comme femme d’abord, et québécoise ensuite. Ses
recherches portent depuis quarante ans sur les rapports entre les
femmes et le droit pénal, et sur la politique des drogues.
Le problème
Depuis 1985 en particulier, des personnes et des groupes religieux
minoritaires et extrémistes imposent ou tentent d’imposer dans l’espace
public et dans les institutions privées et publiques au Québec et
au Canada des comportements et des pratiques qui viennent contredire
les valeurs démocratiques, laïques et égalitaires autour desquelles
s’est construit le consensus social. Des accommodements allant à
l’encontre de ces valeurs ont été consentis par des tribunaux à des
groupes minoritaires religieux extrémistes, comme le port du kirpan
et du voile à l’école, le port de la kippa, l’installation d’érouvs
autour des demeures des Juifs hassidiques et de tentes sur les balcons
du Sanctuaire, l’autorisation d’absence du travail et des études
pour raison religieuse, etc. Ce sont là des faits singuliers qu’on
peut analyser dans leurs conséquences, mais qu’il faut prendre pour
ce qu’ils sont réellement : de petits signes qui ne doivent pas nous
distraire de l’étude d’un phénomène beaucoup plus large et d’un fait
social important : tous les jours, dans toutes les institutions publiques
et privées, sur la rue, dans les commerces, au Québec et au Canada,
des personnes appartenant à des groupes religieux minoritaires intransigeants
et extrémistes posent des gestes, adoptent des comportements, imposent
des façons de faire qui viennent heurter trois des valeurs les plus
chères aux Québécois et aux Canadiens, la démocratie, la laïcité
et l’égalité.
La démocratie
Il y a maintenant près de deux cents ans que le Québec, alors le
Bas Canada, s’est donné un gouvernement démocratique. Dans De la
démocratie en Amérique, de Tocqueville raconte qu’à l’occasion de
son passage dans la ville de Québec en 1821, le Bas Canada lui est
apparu comme une démocratie à l’instar de celle qu’il venait d’observer
aux États-Unis et dont il souhaitait que la France se rapproche en
s’éloignant du modèle républicain. Quarante ans plus tard, un nouveau
pays, le Canada, se dotait d’une démocratie parlementaire représentative.
L’apprentissage d’une démocratie réelle plutôt que formelle s’est
fait lentement, comme partout ailleurs. Mais les observateurs étrangers
et l’opinion mondiale sont d’avis que les institutions démocratiques
fonctionnent assez bien au Canada et au Québec, sans pour cela nier
ce qui reste à faire. Chose plus importante puisque je parle ici
de culture, de valeurs et d’aspirations : l’idéal démocratique occupe
la première place dans les valeurs des Canadiens et des Québécois.
Ils y sont très attachés. Un sondage Gallup de 2005 montre que plus
de 75 % des Canadiens estiment que leur modèle de gouvernance, la
démocratie parlementaire est « le meilleur régime politique » (Léger
Marketing, L’opinion du monde 2006, la population mondiale se prononce
sur les grands enjeux de l’heure, Les Éditions Transcontinental Inc.,
2006)). Le pourcentage est sensiblement plus élevé au Québec (86
%). Et ni les uns ni les autres ne confondent leurs aspirations avec
la démocratie réelle : 36 % seulement, des Canadiens croient que
leur pays est gouverné selon la volonté de la majorité (contre 30
% au Royaume Uni et 25 % en France) (ibid). Ce chiffre est important
pour deux raisons : il parle de la lucidité de nos compatriotes et
de la vigueur de leur aspiration à se donner une démocratie réelle.
Quant à l’activité démocratique, voici quelques faits : trois fois
plus de Canadiens et de Québécois qu’en 1985 s’intéressent à la chose
publique, militent dans les partis politiques, acceptent de se présenter
aux élections, présentent leurs vues et celles de leurs groupes de
référence devant les commissions parlementaires, prennent la parole
dans les médias sur tous les sujets d’intérêts communs. Le taux de
syndicalisation au Québec et l’un des plus élevés des pays occidentaux.
Les Québécois par ailleurs occupent le premier rang quant au pourcentage
des personnes qui s’engagent comme bénévoles, un indice de solidarité
sociale. Nous vivons dans un état démocratique sans croire que l’idéal
est atteint, et nous pratiquons une démocratie active.
Quel lien cela a-t-il avec le problème que posent les accommodements
raisonnables et surtout les revendications des groupes religieux
minoritaires, extrémistes ou non ? Un lien essentiel. Dans ce régime
qu’est la démocratie parlementaire, contrairement à ce que pensent
et disent les représentants de groupes religieux, seules les personnes
élues sont autorisées à faire des lois et des règlements. Ni les
juges, ni les chefs religieux, ni les policiers, ni les directeurs
d’institution, ni un ministre ne peuvent inventer de nouvelles normes
contraignantes. À ces lois et règlements sont soumis tous les résidents,
immigrants ou sujets nés au Canada et au Québec, et à plus forte
raison tous les citoyens quelles qu soient leur religion et leur
origine nationale. Tous sont soumis à la force contraignante des
lois canadiennes et québécoises. Il faut rappeler cela aux nouveaux
Canadiens, le plus souvent possible.
Pourquoi rappeler ces faits? Parce qu’ils constituent la toile de
fond à partir de laquelle on peut tenter de comprendre les réactions
aux réclamations de groupes religieux minoritaires. C’est dans ce
contexte bien réel que la majorité des dérogations réclamées sont
à mon avis déraisonnables. Rien n’est plus opposé aux valeurs démocratiques
que les dérogations réclamées par les groupes religieux intégristes.
Il est normal que l’expression quotidienne d’aspirations contraires
au consensus social et de comportements en violation des valeurs
démocratiques nous choque et nous inquiète. Il n’est pas normal que
nous cédions aux pressions des groupes religieux minoritaires extrémistes.
Les Chartes des droits viennent compliquer le débat de ce soir entre
Me Julius Grey et moi. Centrées sur la protection des droits et des
libertés individuels, elles font peu ou pas de cas des droits collectifs;
leurs dispositions interdisant toute forme de discrimination. La
Charte canadienne accommode une certaine conception du multiculturalisme
qui refuse de parler de peuple, de nation, sauf dans le cas des Autochotones!
Revenons aux accommodements pour motifs religieux. Écartons d’abord
résolument ce qui n’est pas en débat ici. Personne ne conteste le
droit à la liberté d’expression et d’appartenance religieuse en privé
et dans les lieux de culte de qui que ce soit, cette liberté est
reconnue par tous. Parlons des dérogations et des accommodements.
Sont ils tous raisonnables? Non, car plusieurs sont venus compliquer
sérieusement le fonctionnement des institutions publiques; non, car
leurs effets prétendument « libérants » et « inclusifs » sur les
« exemptés » s’avèrent nocifs dans le cas de plusieurs enfants de
parents « minoritaires » placés ainsi en situation concrète d’exclusion
dans les programmes d’enseignement (refus de parents musulmans de
se plier au programme d’enseignement en sports et culture physique
par exemple, dans le cas de leurs filles, isolement des enfants pendant
les activités normales dans les cours de récréation). Non, quand
ils dérangent gravement le fonctionnement des établissements de santé,
et les exemples abondent de cas concrets allant dans ce sens. Non,
quand ils constituent des offenses, des injures aux valeurs d’égalité
et de laïcité de l’ensemble de la population. Non, quand ils ont
pour effet de nuire à l’ordre public et à l’intérêt général.
Par ailleurs, comme je le disais plus tôt, il ne faut pas nous laisser
distraire des enjeux importants par ces petits signes « visibles
» que constituent les dérogations accordées, car la grande majorité
des dérogations « agies », imposées au groupe social sont mille fois
plus nombreuses et importantes. Elles n’ont jamais fait l’objet d’ententes
formelles. Les premiers, les « accommodements accordés », ont des
effets pervers même sur ceux qui les ont réclamés, car ils viennent
conforter dans leur volonté d’auto exclusion des milliers de nouveaux
résidents. Le secondes, les dérogations imposées comme des faits
sans appel sont des insultes au consensus social et aux valeurs de
la majorité.
L’égalité entre les deux sexes
Une deuxième caractéristique de notre culture normative est celle
de l’égalité. Je parlerai ici d’égalité entre les sexes parce que
cette valeur est directement mise en cause par les coutumes religieuses
des intégristes musulmans, des juifs hassidiques et de quelques hindouistes.
S’il est vrai que les seconds, les Juifs hassidiques, pratiquent
une forme d’enfermement géographique et social, ils imposent par
ailleurs à leurs voisins le spectacle constant de coutumes sexistes,
de leur volonté expresse d’afficher les signes extérieurs de leur
foi sur leurs balcons, autour de leur propriété, sur la chaussée,
dans leurs commerces et leur souci d’auto-exclusion et de non-communication
avec leurs voisins et même avec les clients de leurs commerces. Concernant
les hommes musulmans de la stricte observance, ils expriment ouvertement
leur volonté de dominer complètement la vie de leurs femmes et de
leurs filles dans les lieux publics, dans les institutions d’état,
les établissements de santé; ils traitent leurs femmes comme des
mineures incapables de dire quels soins leur conviennent et quels
cours elles entendent suivre.
Après vingt-cinq ans de travail, les Canadiens et les Québécois
ont fait advenir une culture sexuelle égalitaire au Canada et mieux
encore au Québec. Les obstacles à l’égalité formelle sont franchis
ou en bonne voie de l’être. Ce progrès profite à tous, y compris
aux immigrantes de plusieurs origines ethniques dont plusieurs d’ailleurs
disent être venues vivre au Canada et au Québec pour cette raison.
Pour arriver à cette égalité formelle et souvent de fait, non seulement
les femmes ont tout mis en œuvre, mais les états, national et provincial,
ont investi des efforts et des sommes considérables dans les politiques
d’accès à l’égalité, dans les recours judiciaires, etc. Ce mouvement
et ses résultats témoignent de l’importance de la valeur que les
Canadiens et les Québécois attachent au principe et à la pratique
de l’égalité entre les femmes et les hommes.
Dans notre culture, le respect des femmes est devenu une valeur
essentielle. Or cette norme et cette valeur sont niées, offensées,
contredites quotidiennement par les comportements de groupes religieux
extrémistes, les Juifs hassidiques et les musulmans intégristes,
et par certains Boudhistes — au travail, sur la rue, dans les établissements
d’enseignement et de santé, dans les commerces. Alors que la majorité
des Juifs, même pratiquants, et une bonne part des islamistes se
conforment aux normes d’égalité entre les sexes sinon dans leur vie
privée en tout cas dans l’espace public, les chefs religieux de certains
groupes minoritaires incitent leurs fidèles à la résistance aux normes
égalitaires et les pressent de maintenir en public des comportements
et des signes d’exclusion des femmes de plusieurs activités, ils
obtiennent en catimini des directeurs de services publics municipaux
la séparation des sexes dans la vie publique, par exemple les piscines
publiques deviennent unisexes en réponse aux revendications des islamistes.
Pire, existent ici même au Québec des cas de mutilation génitale
contre lesquels nous ne savons même pas sévir. Il faut que cela cesse.
Par « cela » j’entends non seulement les mutilations du corps des
femmes et des petites filles, mais les ordres donnés par les maris
à leurs femmes de ne pas se laisser toucher par un homme médecin,
de ne pas se laisser dévêtir pour un examen médical et pour les soins
d’urgence, les menées souterraines favorisant la domination masculine.
Il faut que cela cesse.
Une culture laïque
Au cours des 40 dernières années, au Canada et au Québec, les établissements
d’enseignement et de santé et les instances délibératives comme les
parlements et les conseils municipaux ont sécularisé leurs coutumes,
fait disparaître les signes d’appartenance à une religion. L’enseignement
obligatoire de la religion a fait place à plusieurs formes d’instruction
sur les religions, de morale religieuse, voire à des cours d’histoire
des religions. Les membres du clergé et des communautés religieuses
se sont fait discrets dans leur costume puis ont adopté les habits
laïcs sauf dans les lieux de prière et de culte, et encore. Ils ont
aussi adopté des rôles conformes à leur nouvelle place dans une société
laïque évitant d’imposer leur autorité intellectuelle et morale alors
qu’auparavant ils détenaient un pouvoir considérable dans l’enseignement,
le soin des malades, en somme dans presque toutes les institutions
privées et même publiques. Nous vivons maintenant dans des sociétés
laïques ou sécularisées. C’est notre culture, c’est le résultat de
choix consensuels (je n’ai pas dit unanimes). La « tolérance » ici
a mauvais goût. Notre devoir civique est le respect, de nous-mêmes,
de ce choix, plutôt que la concession de privilèges qui viennent
nier notre évolution sociale en direction de la laïcité.
En résumé : ici, maintenant, au Canada et au Québec, la pratique
religieuse, les signes d’appartenance à une religion sont réservés
à l’espace privé et aux lieux de culte. On a reconnu récemment qu’il
ne convient plus de consacrer des espaces dans les universités et
collèges à la prière et au culte, quel qu’il soit, aux frais de l’État.
Le changement est particulièrement important au Québec où la présence
de l’Église catholique a été si grande et son influence si totale
dans tous les domaines. Ce choix collectif, la laïcité, est violemment
contredit par l’apparition dans l’environnement social (la rue, les
institutions publiques et privées, les marchés, les commerces) de
comportements et d’attitudes cultuels et religieux de la part des
Juifs hassidiques, des islamistes intégristes et d’hindouistes qui
réclament des espaces de prière sur les lieux de travail, exigent
de s’absenter sans conséquence pécuniaire et sans préavis lors de
leurs fêtes religieuses, pratiquent un jeûne strict alors qu’ils
sont employés dans les établissements de santé et se rendent ainsi
incapables de la vigilance requise pour remplir leur tâche. Cela
est inacceptable.
Ma position et une conclusion
À mon avis, dans une société démocratique, laïque et égalitaire,
les dérogations réclamées par des extrémistes religieux sont les
signes de refus de s’intégrer. Les accommodements consentis, comme
le turban, le voile, le kirpan, la kippa, loin de faciliter l’intégration
contribuent à la marginalisation des personnes qui les réclament.
Ils sont trop nombreux. Qu’ils soient ou non des signes de rejet
des valeurs du pays d’accueil dans l’intention de ceux qui les réclament,
ils sont perçus comme tels par un grand nombre de Québécois et de
Canadiens.
Enfin, les dérogations, loin de faire reculer la ghettoïsation des
minoritaires radicaux comme le prétend Julius Grey, y contribuent.
Il faut refuser les exceptions qui ont comme conséquences de rendre
les institutions dysfonctionnelles, comme par exemple de priver les
malades de soin pour aller prier à midi « pile » sans préavis. Ou
de décider la veille d’un examen universitaire que « notre » appartenance
religieuse « nous » interdit de nous déplacer ce jour-là à cette
heure-là. Les conséquences économiques de ces déviations improvisées
sont considérables. Les dommages à autrui, aux patients, aux personnes
âgées dans les CHSLD, au corps enseignant qui doit multiplier les
groupes, déplacer les séances d’examen ou les multiplier, sont réels.
Il est injuste de faire porter au corps social les effets de ces
réclamations déraisonnables.
On ne peut écarter a priori ni complètement l’hypothèse la moins
défavorable, celle de l’ignorance des normes nationales par les nouveaux
arrivants venant de pays dont la culture est très différente ce celle
du pays d’accueil. Auquel cas, s’imposent non pas des « accommodements
» et de la « tolérance », mais le devoir d’informer le nouvel arrivant
des normes, et son devoir de les apprendre. Il lui faut suivre des
cours de civisme et d’éducation politique. Il doit connaître les
lois du pays d’accueil. Nul n’a le droit de les ignorer. Il doit
savoir que la polygamie est un crime, que toute personne vivant au
pays a droit à l’intégrité corporelle, que le patient adulte et sain
d’esprit a seul le droit de demander ou refuser un traitement. En
cas de déviance délibérée, de provocation de la part de résidents
appartenant à des groupes minoritaires religieux et ethniques et
surtout en cas de persistance des comportements en violation des
lois et des règlements institutionnels, il ne suffit plus de ‘parler’
et de ‘tenter de comprendre’ il faut sanctionner. La volonté de se
différencier en se réappropriant dans le pays d’accueil des coutumes
et des pratiques qu’on avait abandonnées dans le pays d’origine repose
parfois sur des raisons étranges. Des doctorantes marocaines et iraniennes
m’ont rapporté qu’elles retrouvent à Montréal des concitoyennes et
amies d’enfance qui n’ont jamais porté le voile dans leur ville d’origine,
mais ont décidé de le faire ici (comme d’ailleurs elles l’ont fait
en France) « pour se distinguer, parce que ça fait différent, ça
fait chic ». Dans notre naïveté, nous nous sommes imposé un travail
et des frais considérables pour « accommoder » le port du voile dans
les écoles… La même naïveté nous fait fermer les yeux devant la signification
du voile. Et que signifie porter le voile? Témoigner de la condition
inférieure de la femme, et de sa soumission au mari.
Des faits
1.— Une préposée musulmane dans un CHSLD refuse de travailler, sans
préavis et en violation d’un contrat de travail qu’elle a signé,
et qui décide d’aller prier alors qu’il faut soulever des personnes
impotentes pour l’heure du repas.
2.— Des maris musulmans imposent à leurs femmes le choix de cours
universitaires compatibles avec leur conception de la vie de leur
femme, « pas de cours après 15 heures, elle ne doit pas sortir le
soir ». Il a fallu chasser ce mari du bureau de la secrétaire aux
inscriptions.
3.— Le mari islamiste d’une parturiente refuse qu’elle soit touchée
par un médecin masculin, ce qui oblige la seule femme médecin de
l’établissement à procéder elle-même, mais la personne qui va accoucher
est infibulée et mutilée. L’omnipraticienne est une jeune femme sans
expérience qui est saisie de vomissement devant l’état de la parturiente.
Quant à celle qui accouche, elle a 20 ans et est au pays depuis 12
ans. Le personnel de l’hôpital a signalé le cas, car il semble que
l’excision et l’infibulation aient été pratiquées au Canada. Une
libération des femmes islamistes que Yolande Geadah réclame pour
toutes les femmes musulmanes dans Femmes voilées, intégrismes démasqués
– VLB, 2001)
4.— Des résidents d’Outremont, canadiens et québécois d’origine,
ou jeunes couples français d’origine, artistes et commerçants, sont
pris en otage par les pratiques religieuses, les réclamations d’exceptionnalité
comme les érouvs, les huttes sur les balcons, et surtout par les
manifestations publiques quotidiennes de rapports patriarcaux et
mâlistes des hommes de la communauté hassidique d’Outremont avec
leurs femmes et leurs filles. Le sentiment d’aliénation de ces Canadiens
et Québécois encore majoritaires (à peine et pour combien de temps?)
est tel qu’ils préparent leur déménagement. L’enclave et l’enfermement
grandissent de jour en jour.
5.— Les commerçants de ce quartier baissent les yeux et se détournent
des femmes qui entrent dans leur boutique, ils refusent carrément
de leur adresser la parole. Même chose sur la rue, les Juifs hassidiques
ne saluent personne. Tout de noir vêtus ils bloquent littéralement
la circulation sur plusieurs rues, en déambulant lentement vers la
synagogue à 4 ou 6 de front, en plein milieu de la chaussée, parlant
avec leurs fils sans aucun égard à qui que ce soit, pendant que leurs
femmes doivent suivre à 20 pas derrière, en tenant leurs filles par
la main. Ces petites filles à qui le père n’adresse pas la parole
en public. Ces femmes qui n’ont pas droit de parole. Cette prise
de possession d’un quartier par des Juifs intégristes, le spectacle
quotidien de leurs coutumes patriarcales qui viennent frapper au
cœur celles et ceux qui travaillent depuis 30 ans à faire respecter
les femmes, à les traiter comme des personnes.
6.— Une étudiante arabe, inscrite au doctorat, 26 ans, mère d’un
garçon et d’une fille, vivant à Montréal depuis 12 ans; son mari
en rentrant d’un voyage d’affaires dans son pays d’origine lui annonce
qu’il y a épousé une 2e femme plus jeune et qu’elle arrive bientôt
pour prendre la place de la première; l’étudiante au doctorat doit
faire ses bagages. Que font les services d’immigration? Rien. Aucun
officier d’immigration ne s’intéresse à cela. C’est intolérable,
la polygamie évidente et l’absence de réaction sociale et pénale.
La bigamie est un crime au Canada.
Comme le répètent un grand nombre de Canadiens d’origine arabe et
africaine, islamistes modérés, ces dérives les désolent autant que
nous et, nous assurent-ils, rien de cela n’est « nécessaire » au
nom de l’Islam. Même réflexion de la part de Juifs pratiquants non
intégristes. Dans la Tribune juive du mois d’octobre, on lit un appel
aux femmes « Juives laïques » ou qui souhaitent entendre parler de
laïcité, à se rencontrer. Les Juifs pratiquants ne nous embêtent
pas avec des pratiques sexistes dans la vie publique bien qu’ils
jouent des rôles importants à la synagogue. Certains sont aussi inquiets
et malheureux que nous devant les « accommodements raisonnables »
obtenus par des groupes minoritaires extrémistes. Ils se sentent
humiliés par la représentation de leur foi et de l’esprit de leurs
livres saints que nous offrent les extrémistes. Concernant les islamistes
même modérés, il faut cependant cesser de nier la force de la culture
religieuse, la signification du voile, symbole de l’instrumentalisation
des femmes. Le voile, c’est une façon entre plusieurs de remettre
les femmes à leur place, de leur rappeler l’exigence de soumission
aux hommes et leur condition d’inférieures.
L’argument voulant que les accommodements raisonnables constituent
des moyens d’éviter que les radicaux se ghettoïsent est mis à mal
par l’exemple de la communauté hassidique d’Outremont. Voilà un groupe
qui a bénéficié depuis des décennies de la tolérance de toute la
communauté montréalaise malgré ses excentricités de costume et de
mœurs. Comme me l’écrit Jacques Boucher, juriste de formation et
ex doyen de la faculté de l’Éducation permanente de l’Université
de Montréal « aucun des accommodements antérieurs ne les a empêchés
de développer une culture séparatiste, d’avoir leurs écoles, et de
vivre dans un monde à part qui n’a en pratique rien à voir avec la
culture et les valeurs de la majorité ». (mail adressé à MAB, le
19 octobre 2006). Les accommodements demandés par des groupes intégristes
qui n’ont aucune envie de s’intégrer à la communauté d’accueil contribuent
à une dynamique d’enfermement communautaire, ils freinent l’acculturation
aux valeurs publiques communes et à l’esprit des lois.
Seize alternatives aux accommodements raisonnables
1.— Exiger des chefs politiques (éducation, santé, immigration,
culture) qu’ils rencontrent régulièrement les représentants autorisés
des Juifs et des Islamistes modérés. Insister auprès de ces derniers
pour qu’ils exposent à leurs coreligionnaires extrémistes les conséquences
sociales, économiques et politiques de leurs exigences.
2.— Nous informer nous-mêmes des pratiques culturelles différentes
de la nôtre ou des nôtres et de leur histoire. Mettre l’histoire
des religions au programme scolaire
3.— Enseigner à tout prix l’histoire et les lois du Canada et du
Québec aux nouveaux arrivants, adultes et jeunes. Refuser le certificat
de citoyenneté aux candidats qui ne connaissent pas les lois et ignorent
tout des valeurs du pays d’accueil
4.— Rappeler les normes légales aux minoritaires religieux délinquants.
Il ne s’agit pas d’entrer dans de longs dialogues pour « comprendre
le point de vue de l’autre » dans ces cas, mais de stipulations claires.
Quelles sont les règles, légales, sociales, politiques?
5.— Organiser des séances d’informations à l‘intention des couples
islamistes; dire clairement qu’au Canada et au Québec, le droit d’intervention
sur leur corps appartient aux femmes et non au mari. Il faut dire
la loi, la norme et les règles.
6.— Entendre les réclamants en présence de représentants non extrémistes
de leur culture et de leur religion.
7.— Une fois rappelées les règles, en cas de déviance, les responsables
des institutions publiques ont le devoir de sanctionner. Les patrons
des établissements privés également.
6.— Refuser les dérogations (refus des parents d’inscrire leurs
enfants aux activités d’éducation sportive), au nom de la santé des
enfants et de leur appartenance à un groupe scolaire. Même programme
d’enseignement obligatoire pour tous les jeunes sauf les cas de handicaps
physiques ou mentaux avérés.
8.— Fermeté et refus absolu de l’immixtion des maris s’agissant
de la santé et du corps de leur femme.
9.— Refus net de l’intervention des maris dans les choix de cours
de leurs femmes
10.— S’ assurer que les cas de mutilation génitale sont rapportés
par les médecins.
11.— S’assurer que les lois et règlements sur le travail et les
contrats prévoient les mesures à prendre en cas de refus de travail
pour raison religieuse.
12.— Développer de la vigilance, de la lucidité plutôt que de la
tolérance, un mot et surtout une attitude détestables. Le respect
de la différence oui, mais pas au mépris du bien commun, du respect
de soi et des normes.
13.— Moins de naïveté et plus de fermeté
14.— Multiplier les rencontres comme le débat de ce soir.
15.— Travailler dans nos quartiers Côte des Neiges, NDG, Outremont,
Ville St Luc, Ville St Laurent qui sont particulièrement secoués
par les demandes d’exception, les arrangements qui aliènent la majorité
(les piscines publiques qui sont tout à coup unisexes).
16.— Provoquer des rencontres entre anciens et nouveaux québécois
autour d’exemples.