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Place au respect de soi, à la culture démocratique, aux valeurs laïques et égalitaires

Marie-Andrée Bertrand

Docteure en criminologie (Université de Californie, Berkeley) et professeure émérite de l’Université de Montréal
24 octobre 2006 • Débat sur «Les accommodements raisonnables»

Marie-Andrée Bertrand est docteure en criminologie (Université de Californie, Berkeley) et professeure émérite de l’Université de Montréal. Elle a enseigné surtout dans cet établissement depuis le début des années 1960, mais elle a aussi été professeure invitée dans plusieurs universités étrangères: Hambourg, Brême, Oslo, Chicago, Berkeley; et en Espagne, à l’Institut international de sociologie du droit. Elle a été chercheure associée au CNRS-CESDIP (Centre d’études sociologiques des institutions pénales) en France. Elle se définit comme femme d’abord, et québécoise ensuite. Ses recherches portent depuis quarante ans sur les rapports entre les femmes et le droit pénal, et sur la politique des drogues.

Le problème

Depuis 1985 en particulier, des personnes et des groupes religieux minoritaires et extrémistes imposent ou tentent d’imposer dans l’espace public et dans les institutions privées et publiques au Québec et au Canada des comportements et des pratiques qui viennent contredire les valeurs démocratiques, laïques et égalitaires autour desquelles s’est construit le consensus social. Des accommodements allant à l’encontre de ces valeurs ont été consentis par des tribunaux à des groupes minoritaires religieux extrémistes, comme le port du kirpan et du voile à l’école, le port de la kippa, l’installation d’érouvs autour des demeures des Juifs hassidiques et de tentes sur les balcons du Sanctuaire, l’autorisation d’absence du travail et des études pour raison religieuse, etc. Ce sont là des faits singuliers qu’on peut analyser dans leurs conséquences, mais qu’il faut prendre pour ce qu’ils sont réellement : de petits signes qui ne doivent pas nous distraire de l’étude d’un phénomène beaucoup plus large et d’un fait social important : tous les jours, dans toutes les institutions publiques et privées, sur la rue, dans les commerces, au Québec et au Canada, des personnes appartenant à des groupes religieux minoritaires intransigeants et extrémistes posent des gestes, adoptent des comportements, imposent des façons de faire qui viennent heurter trois des valeurs les plus chères aux Québécois et aux Canadiens, la démocratie, la laïcité et l’égalité.

La démocratie

Il y a maintenant près de deux cents ans que le Québec, alors le Bas Canada, s’est donné un gouvernement démocratique. Dans De la démocratie en Amérique, de Tocqueville raconte qu’à l’occasion de son passage dans la ville de Québec en 1821, le Bas Canada lui est apparu comme une démocratie à l’instar de celle qu’il venait d’observer aux États-Unis et dont il souhaitait que la France se rapproche en s’éloignant du modèle républicain. Quarante ans plus tard, un nouveau pays, le Canada, se dotait d’une démocratie parlementaire représentative. L’apprentissage d’une démocratie réelle plutôt que formelle s’est fait lentement, comme partout ailleurs. Mais les observateurs étrangers et l’opinion mondiale sont d’avis que les institutions démocratiques fonctionnent assez bien au Canada et au Québec, sans pour cela nier ce qui reste à faire. Chose plus importante puisque je parle ici de culture, de valeurs et d’aspirations : l’idéal démocratique occupe la première place dans les valeurs des Canadiens et des Québécois. Ils y sont très attachés. Un sondage Gallup de 2005 montre que plus de 75 % des Canadiens estiment que leur modèle de gouvernance, la démocratie parlementaire est « le meilleur régime politique » (Léger Marketing, L’opinion du monde 2006, la population mondiale se prononce sur les grands enjeux de l’heure, Les Éditions Transcontinental Inc., 2006)). Le pourcentage est sensiblement plus élevé au Québec (86 %). Et ni les uns ni les autres ne confondent leurs aspirations avec la démocratie réelle : 36 % seulement, des Canadiens croient que leur pays est gouverné selon la volonté de la majorité (contre 30 % au Royaume Uni et 25 % en France) (ibid). Ce chiffre est important pour deux raisons : il parle de la lucidité de nos compatriotes et de la vigueur de leur aspiration à se donner une démocratie réelle. Quant à l’activité démocratique, voici quelques faits : trois fois plus de Canadiens et de Québécois qu’en 1985 s’intéressent à la chose publique, militent dans les partis politiques, acceptent de se présenter aux élections, présentent leurs vues et celles de leurs groupes de référence devant les commissions parlementaires, prennent la parole dans les médias sur tous les sujets d’intérêts communs. Le taux de syndicalisation au Québec et l’un des plus élevés des pays occidentaux. Les Québécois par ailleurs occupent le premier rang quant au pourcentage des personnes qui s’engagent comme bénévoles, un indice de solidarité sociale. Nous vivons dans un état démocratique sans croire que l’idéal est atteint, et nous pratiquons une démocratie active.
Quel lien cela a-t-il avec le problème que posent les accommodements raisonnables et surtout les revendications des groupes religieux minoritaires, extrémistes ou non ? Un lien essentiel. Dans ce régime qu’est la démocratie parlementaire, contrairement à ce que pensent et disent les représentants de groupes religieux, seules les personnes élues sont autorisées à faire des lois et des règlements. Ni les juges, ni les chefs religieux, ni les policiers, ni les directeurs d’institution, ni un ministre ne peuvent inventer de nouvelles normes contraignantes. À ces lois et règlements sont soumis tous les résidents, immigrants ou sujets nés au Canada et au Québec, et à plus forte raison tous les citoyens quelles qu soient leur religion et leur origine nationale. Tous sont soumis à la force contraignante des lois canadiennes et québécoises. Il faut rappeler cela aux nouveaux Canadiens, le plus souvent possible.
Pourquoi rappeler ces faits? Parce qu’ils constituent la toile de fond à partir de laquelle on peut tenter de comprendre les réactions aux réclamations de groupes religieux minoritaires. C’est dans ce contexte bien réel que la majorité des dérogations réclamées sont à mon avis déraisonnables. Rien n’est plus opposé aux valeurs démocratiques que les dérogations réclamées par les groupes religieux intégristes. Il est normal que l’expression quotidienne d’aspirations contraires au consensus social et de comportements en violation des valeurs démocratiques nous choque et nous inquiète. Il n’est pas normal que nous cédions aux pressions des groupes religieux minoritaires extrémistes.
Les Chartes des droits viennent compliquer le débat de ce soir entre Me Julius Grey et moi. Centrées sur la protection des droits et des libertés individuels, elles font peu ou pas de cas des droits collectifs; leurs dispositions interdisant toute forme de discrimination. La Charte canadienne accommode une certaine conception du multiculturalisme qui refuse de parler de peuple, de nation, sauf dans le cas des Autochotones!
Revenons aux accommodements pour motifs religieux. Écartons d’abord résolument ce qui n’est pas en débat ici. Personne ne conteste le droit à la liberté d’expression et d’appartenance religieuse en privé et dans les lieux de culte de qui que ce soit, cette liberté est reconnue par tous. Parlons des dérogations et des accommodements. Sont ils tous raisonnables? Non, car plusieurs sont venus compliquer sérieusement le fonctionnement des institutions publiques; non, car leurs effets prétendument « libérants » et « inclusifs » sur les « exemptés » s’avèrent nocifs dans le cas de plusieurs enfants de parents « minoritaires » placés ainsi en situation concrète d’exclusion dans les programmes d’enseignement (refus de parents musulmans de se plier au programme d’enseignement en sports et culture physique par exemple, dans le cas de leurs filles, isolement des enfants pendant les activités normales dans les cours de récréation). Non, quand ils dérangent gravement le fonctionnement des établissements de santé, et les exemples abondent de cas concrets allant dans ce sens. Non, quand ils constituent des offenses, des injures aux valeurs d’égalité et de laïcité de l’ensemble de la population. Non, quand ils ont pour effet de nuire à l’ordre public et à l’intérêt général.
Par ailleurs, comme je le disais plus tôt, il ne faut pas nous laisser distraire des enjeux importants par ces petits signes « visibles » que constituent les dérogations accordées, car la grande majorité des dérogations « agies », imposées au groupe social sont mille fois plus nombreuses et importantes. Elles n’ont jamais fait l’objet d’ententes formelles. Les premiers, les « accommodements accordés », ont des effets pervers même sur ceux qui les ont réclamés, car ils viennent conforter dans leur volonté d’auto exclusion des milliers de nouveaux résidents. Le secondes, les dérogations imposées comme des faits sans appel sont des insultes au consensus social et aux valeurs de la majorité.

L’égalité entre les deux sexes

Une deuxième caractéristique de notre culture normative est celle de l’égalité. Je parlerai ici d’égalité entre les sexes parce que cette valeur est directement mise en cause par les coutumes religieuses des intégristes musulmans, des juifs hassidiques et de quelques hindouistes. S’il est vrai que les seconds, les Juifs hassidiques, pratiquent une forme d’enfermement géographique et social, ils imposent par ailleurs à leurs voisins le spectacle constant de coutumes sexistes, de leur volonté expresse d’afficher les signes extérieurs de leur foi sur leurs balcons, autour de leur propriété, sur la chaussée, dans leurs commerces et leur souci d’auto-exclusion et de non-communication avec leurs voisins et même avec les clients de leurs commerces. Concernant les hommes musulmans de la stricte observance, ils expriment ouvertement leur volonté de dominer complètement la vie de leurs femmes et de leurs filles dans les lieux publics, dans les institutions d’état, les établissements de santé; ils traitent leurs femmes comme des mineures incapables de dire quels soins leur conviennent et quels cours elles entendent suivre.
Après vingt-cinq ans de travail, les Canadiens et les Québécois ont fait advenir une culture sexuelle égalitaire au Canada et mieux encore au Québec. Les obstacles à l’égalité formelle sont franchis ou en bonne voie de l’être. Ce progrès profite à tous, y compris aux immigrantes de plusieurs origines ethniques dont plusieurs d’ailleurs disent être venues vivre au Canada et au Québec pour cette raison. Pour arriver à cette égalité formelle et souvent de fait, non seulement les femmes ont tout mis en œuvre, mais les états, national et provincial, ont investi des efforts et des sommes considérables dans les politiques d’accès à l’égalité, dans les recours judiciaires, etc. Ce mouvement et ses résultats témoignent de l’importance de la valeur que les Canadiens et les Québécois attachent au principe et à la pratique de l’égalité entre les femmes et les hommes.
Dans notre culture, le respect des femmes est devenu une valeur essentielle. Or cette norme et cette valeur sont niées, offensées, contredites quotidiennement par les comportements de groupes religieux extrémistes, les Juifs hassidiques et les musulmans intégristes, et par certains Boudhistes — au travail, sur la rue, dans les établissements d’enseignement et de santé, dans les commerces. Alors que la majorité des Juifs, même pratiquants, et une bonne part des islamistes se conforment aux normes d’égalité entre les sexes sinon dans leur vie privée en tout cas dans l’espace public, les chefs religieux de certains groupes minoritaires incitent leurs fidèles à la résistance aux normes égalitaires et les pressent de maintenir en public des comportements et des signes d’exclusion des femmes de plusieurs activités, ils obtiennent en catimini des directeurs de services publics municipaux la séparation des sexes dans la vie publique, par exemple les piscines publiques deviennent unisexes en réponse aux revendications des islamistes. Pire, existent ici même au Québec des cas de mutilation génitale contre lesquels nous ne savons même pas sévir. Il faut que cela cesse. Par « cela » j’entends non seulement les mutilations du corps des femmes et des petites filles, mais les ordres donnés par les maris à leurs femmes de ne pas se laisser toucher par un homme médecin, de ne pas se laisser dévêtir pour un examen médical et pour les soins d’urgence, les menées souterraines favorisant la domination masculine. Il faut que cela cesse.

Une culture laïque

Au cours des 40 dernières années, au Canada et au Québec, les établissements d’enseignement et de santé et les instances délibératives comme les parlements et les conseils municipaux ont sécularisé leurs coutumes, fait disparaître les signes d’appartenance à une religion. L’enseignement obligatoire de la religion a fait place à plusieurs formes d’instruction sur les religions, de morale religieuse, voire à des cours d’histoire des religions. Les membres du clergé et des communautés religieuses se sont fait discrets dans leur costume puis ont adopté les habits laïcs sauf dans les lieux de prière et de culte, et encore. Ils ont aussi adopté des rôles conformes à leur nouvelle place dans une société laïque évitant d’imposer leur autorité intellectuelle et morale alors qu’auparavant ils détenaient un pouvoir considérable dans l’enseignement, le soin des malades, en somme dans presque toutes les institutions privées et même publiques. Nous vivons maintenant dans des sociétés laïques ou sécularisées. C’est notre culture, c’est le résultat de choix consensuels (je n’ai pas dit unanimes). La « tolérance » ici a mauvais goût. Notre devoir civique est le respect, de nous-mêmes, de ce choix, plutôt que la concession de privilèges qui viennent nier notre évolution sociale en direction de la laïcité.
En résumé : ici, maintenant, au Canada et au Québec, la pratique religieuse, les signes d’appartenance à une religion sont réservés à l’espace privé et aux lieux de culte. On a reconnu récemment qu’il ne convient plus de consacrer des espaces dans les universités et collèges à la prière et au culte, quel qu’il soit, aux frais de l’État. Le changement est particulièrement important au Québec où la présence de l’Église catholique a été si grande et son influence si totale dans tous les domaines. Ce choix collectif, la laïcité, est violemment contredit par l’apparition dans l’environnement social (la rue, les institutions publiques et privées, les marchés, les commerces) de comportements et d’attitudes cultuels et religieux de la part des Juifs hassidiques, des islamistes intégristes et d’hindouistes qui réclament des espaces de prière sur les lieux de travail, exigent de s’absenter sans conséquence pécuniaire et sans préavis lors de leurs fêtes religieuses, pratiquent un jeûne strict alors qu’ils sont employés dans les établissements de santé et se rendent ainsi incapables de la vigilance requise pour remplir leur tâche. Cela est inacceptable.

Ma position et une conclusion

À mon avis, dans une société démocratique, laïque et égalitaire, les dérogations réclamées par des extrémistes religieux sont les signes de refus de s’intégrer. Les accommodements consentis, comme le turban, le voile, le kirpan, la kippa, loin de faciliter l’intégration contribuent à la marginalisation des personnes qui les réclament. Ils sont trop nombreux. Qu’ils soient ou non des signes de rejet des valeurs du pays d’accueil dans l’intention de ceux qui les réclament, ils sont perçus comme tels par un grand nombre de Québécois et de Canadiens.
Enfin, les dérogations, loin de faire reculer la ghettoïsation des minoritaires radicaux comme le prétend Julius Grey, y contribuent. Il faut refuser les exceptions qui ont comme conséquences de rendre les institutions dysfonctionnelles, comme par exemple de priver les malades de soin pour aller prier à midi « pile » sans préavis. Ou de décider la veille d’un examen universitaire que « notre » appartenance religieuse « nous » interdit de nous déplacer ce jour-là à cette heure-là. Les conséquences économiques de ces déviations improvisées sont considérables. Les dommages à autrui, aux patients, aux personnes âgées dans les CHSLD, au corps enseignant qui doit multiplier les groupes, déplacer les séances d’examen ou les multiplier, sont réels. Il est injuste de faire porter au corps social les effets de ces réclamations déraisonnables.
On ne peut écarter a priori ni complètement l’hypothèse la moins défavorable, celle de l’ignorance des normes nationales par les nouveaux arrivants venant de pays dont la culture est très différente ce celle du pays d’accueil. Auquel cas, s’imposent non pas des « accommodements » et de la « tolérance », mais le devoir d’informer le nouvel arrivant des normes, et son devoir de les apprendre. Il lui faut suivre des cours de civisme et d’éducation politique. Il doit connaître les lois du pays d’accueil. Nul n’a le droit de les ignorer. Il doit savoir que la polygamie est un crime, que toute personne vivant au pays a droit à l’intégrité corporelle, que le patient adulte et sain d’esprit a seul le droit de demander ou refuser un traitement. En cas de déviance délibérée, de provocation de la part de résidents appartenant à des groupes minoritaires religieux et ethniques et surtout en cas de persistance des comportements en violation des lois et des règlements institutionnels, il ne suffit plus de ‘parler’ et de ‘tenter de comprendre’ il faut sanctionner. La volonté de se différencier en se réappropriant dans le pays d’accueil des coutumes et des pratiques qu’on avait abandonnées dans le pays d’origine repose parfois sur des raisons étranges. Des doctorantes marocaines et iraniennes m’ont rapporté qu’elles retrouvent à Montréal des concitoyennes et amies d’enfance qui n’ont jamais porté le voile dans leur ville d’origine, mais ont décidé de le faire ici (comme d’ailleurs elles l’ont fait en France) « pour se distinguer, parce que ça fait différent, ça fait chic ». Dans notre naïveté, nous nous sommes imposé un travail et des frais considérables pour « accommoder » le port du voile dans les écoles… La même naïveté nous fait fermer les yeux devant la signification du voile. Et que signifie porter le voile? Témoigner de la condition inférieure de la femme, et de sa soumission au mari.
Des faits
1.— Une préposée musulmane dans un CHSLD refuse de travailler, sans préavis et en violation d’un contrat de travail qu’elle a signé, et qui décide d’aller prier alors qu’il faut soulever des personnes impotentes pour l’heure du repas.
2.— Des maris musulmans imposent à leurs femmes le choix de cours universitaires compatibles avec leur conception de la vie de leur femme, « pas de cours après 15 heures, elle ne doit pas sortir le soir ». Il a fallu chasser ce mari du bureau de la secrétaire aux inscriptions.
3.— Le mari islamiste d’une parturiente refuse qu’elle soit touchée par un médecin masculin, ce qui oblige la seule femme médecin de l’établissement à procéder elle-même, mais la personne qui va accoucher est infibulée et mutilée. L’omnipraticienne est une jeune femme sans expérience qui est saisie de vomissement devant l’état de la parturiente. Quant à celle qui accouche, elle a 20 ans et est au pays depuis 12 ans. Le personnel de l’hôpital a signalé le cas, car il semble que l’excision et l’infibulation aient été pratiquées au Canada. Une libération des femmes islamistes que Yolande Geadah réclame pour toutes les femmes musulmanes dans Femmes voilées, intégrismes démasqués – VLB, 2001)
4.— Des résidents d’Outremont, canadiens et québécois d’origine, ou jeunes couples français d’origine, artistes et commerçants, sont pris en otage par les pratiques religieuses, les réclamations d’exceptionnalité comme les érouvs, les huttes sur les balcons, et surtout par les manifestations publiques quotidiennes de rapports patriarcaux et mâlistes des hommes de la communauté hassidique d’Outremont avec leurs femmes et leurs filles. Le sentiment d’aliénation de ces Canadiens et Québécois encore majoritaires (à peine et pour combien de temps?) est tel qu’ils préparent leur déménagement. L’enclave et l’enfermement grandissent de jour en jour.
5.— Les commerçants de ce quartier baissent les yeux et se détournent des femmes qui entrent dans leur boutique, ils refusent carrément de leur adresser la parole. Même chose sur la rue, les Juifs hassidiques ne saluent personne. Tout de noir vêtus ils bloquent littéralement la circulation sur plusieurs rues, en déambulant lentement vers la synagogue à 4 ou 6 de front, en plein milieu de la chaussée, parlant avec leurs fils sans aucun égard à qui que ce soit, pendant que leurs femmes doivent suivre à 20 pas derrière, en tenant leurs filles par la main. Ces petites filles à qui le père n’adresse pas la parole en public. Ces femmes qui n’ont pas droit de parole. Cette prise de possession d’un quartier par des Juifs intégristes, le spectacle quotidien de leurs coutumes patriarcales qui viennent frapper au cœur celles et ceux qui travaillent depuis 30 ans à faire respecter les femmes, à les traiter comme des personnes.
6.— Une étudiante arabe, inscrite au doctorat, 26 ans, mère d’un garçon et d’une fille, vivant à Montréal depuis 12 ans; son mari en rentrant d’un voyage d’affaires dans son pays d’origine lui annonce qu’il y a épousé une 2e femme plus jeune et qu’elle arrive bientôt pour prendre la place de la première; l’étudiante au doctorat doit faire ses bagages. Que font les services d’immigration? Rien. Aucun officier d’immigration ne s’intéresse à cela. C’est intolérable, la polygamie évidente et l’absence de réaction sociale et pénale. La bigamie est un crime au Canada.
Comme le répètent un grand nombre de Canadiens d’origine arabe et africaine, islamistes modérés, ces dérives les désolent autant que nous et, nous assurent-ils, rien de cela n’est « nécessaire » au nom de l’Islam. Même réflexion de la part de Juifs pratiquants non intégristes. Dans la Tribune juive du mois d’octobre, on lit un appel aux femmes « Juives laïques » ou qui souhaitent entendre parler de laïcité, à se rencontrer. Les Juifs pratiquants ne nous embêtent pas avec des pratiques sexistes dans la vie publique bien qu’ils jouent des rôles importants à la synagogue. Certains sont aussi inquiets et malheureux que nous devant les « accommodements raisonnables » obtenus par des groupes minoritaires extrémistes. Ils se sentent humiliés par la représentation de leur foi et de l’esprit de leurs livres saints que nous offrent les extrémistes. Concernant les islamistes même modérés, il faut cependant cesser de nier la force de la culture religieuse, la signification du voile, symbole de l’instrumentalisation des femmes. Le voile, c’est une façon entre plusieurs de remettre les femmes à leur place, de leur rappeler l’exigence de soumission aux hommes et leur condition d’inférieures.
L’argument voulant que les accommodements raisonnables constituent des moyens d’éviter que les radicaux se ghettoïsent est mis à mal par l’exemple de la communauté hassidique d’Outremont. Voilà un groupe qui a bénéficié depuis des décennies de la tolérance de toute la communauté montréalaise malgré ses excentricités de costume et de mœurs. Comme me l’écrit Jacques Boucher, juriste de formation et ex doyen de la faculté de l’Éducation permanente de l’Université de Montréal « aucun des accommodements antérieurs ne les a empêchés de développer une culture séparatiste, d’avoir leurs écoles, et de vivre dans un monde à part qui n’a en pratique rien à voir avec la culture et les valeurs de la majorité ». (mail adressé à MAB, le 19 octobre 2006). Les accommodements demandés par des groupes intégristes qui n’ont aucune envie de s’intégrer à la communauté d’accueil contribuent à une dynamique d’enfermement communautaire, ils freinent l’acculturation aux valeurs publiques communes et à l’esprit des lois.

Seize alternatives aux accommodements raisonnables

1.— Exiger des chefs politiques (éducation, santé, immigration, culture) qu’ils rencontrent régulièrement les représentants autorisés des Juifs et des Islamistes modérés. Insister auprès de ces derniers pour qu’ils exposent à leurs coreligionnaires extrémistes les conséquences sociales, économiques et politiques de leurs exigences.
2.— Nous informer nous-mêmes des pratiques culturelles différentes de la nôtre ou des nôtres et de leur histoire. Mettre l’histoire des religions au programme scolaire
3.— Enseigner à tout prix l’histoire et les lois du Canada et du Québec aux nouveaux arrivants, adultes et jeunes. Refuser le certificat de citoyenneté aux candidats qui ne connaissent pas les lois et ignorent tout des valeurs du pays d’accueil
4.— Rappeler les normes légales aux minoritaires religieux délinquants. Il ne s’agit pas d’entrer dans de longs dialogues pour « comprendre le point de vue de l’autre » dans ces cas, mais de stipulations claires. Quelles sont les règles, légales, sociales, politiques?
5.— Organiser des séances d’informations à l‘intention des couples islamistes; dire clairement qu’au Canada et au Québec, le droit d’intervention sur leur corps appartient aux femmes et non au mari. Il faut dire la loi, la norme et les règles.
6.— Entendre les réclamants en présence de représentants non extrémistes de leur culture et de leur religion.
7.— Une fois rappelées les règles, en cas de déviance, les responsables des institutions publiques ont le devoir de sanctionner. Les patrons des établissements privés également.
6.— Refuser les dérogations (refus des parents d’inscrire leurs enfants aux activités d’éducation sportive), au nom de la santé des enfants et de leur appartenance à un groupe scolaire. Même programme d’enseignement obligatoire pour tous les jeunes sauf les cas de handicaps physiques ou mentaux avérés.
8.— Fermeté et refus absolu de l’immixtion des maris s’agissant de la santé et du corps de leur femme.
9.— Refus net de l’intervention des maris dans les choix de cours de leurs femmes
10.— S’ assurer que les cas de mutilation génitale sont rapportés par les médecins.
11.— S’assurer que les lois et règlements sur le travail et les contrats prévoient les mesures à prendre en cas de refus de travail pour raison religieuse.
12.— Développer de la vigilance, de la lucidité plutôt que de la tolérance, un mot et surtout une attitude détestables. Le respect de la différence oui, mais pas au mépris du bien commun, du respect de soi et des normes.
13.— Moins de naïveté et plus de fermeté
14.— Multiplier les rencontres comme le débat de ce soir.
15.— Travailler dans nos quartiers Côte des Neiges, NDG, Outremont, Ville St Luc, Ville St Laurent qui sont particulièrement secoués par les demandes d’exception, les arrangements qui aliènent la majorité (les piscines publiques qui sont tout à coup unisexes).
16.— Provoquer des rencontres entre anciens et nouveaux québécois autour d’exemples.