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Juifs, chrétiens, musulmans: un apport à l'Église du Québec ?

Conférence de Jacques Racine  professeur titulaire de la Faculté de théologie et de sciences religieuses
Table ronde avec des intervenants issus des trois traditions
Samia Amor  collaboratrice à la Chaire de recherche du Canada sur Islam, Pluralisme et Globalisation
Brian McDonough  avocat et directeur de l’Office de la pastorale sociale du diocèse de Montréal
Joseph Gabay  vice-président du Congrès juif canadien
19 mars 2009 • Colloque annuel

Présentation

Table ronde: Joseph Gabay (Congrès juif canadien), l’animateur Bruno Demers, Samia Amor (Chaire de recherche sur l’Islam) et Brian McDonough (Pastorale sociale, Montréal)
La religion a souvent mauvaise presse et on lui attribue une foule de problèmes d’actualité. Ainsi, les religions seraient responsables de l’intolérance, du terrorisme et de l’oppression des femmes. Pire encore, la religion véhiculerait des idées rétrogrades contraires aux avancées scientifiques et serait une cause importante de guerre. Comme l’a dit récemment un écrivain français de passage à Montréal: « 80 % des problèmes du monde sont causés par les religions ». La solution serait alors de cantonner la religion dans la sphère privée, d’où elle ne devrait jamais sortir. Inutile de dire que les croyants engagés dans de multiples champs d’activité, et qui trouvent dans leur foi une source importante d’inspiration, ne peuvent accepter ni cette marginalisation, ni cette association à des idées ou des comportements qu’ils réprouvent.
Le Québec n’est pas étranger à cette problématique. En dépit d’une longue tradition de relations bienveillantes entre croyants de traditions différentes, des tensions sont apparues récemment autour des fameux « accommodements raisonnables », au point où le gouvernement a cru bon d’instituer une commission qui a eu le mérite d’amorcer un large débat public sur les valeurs communes de la société québécoise, la laïcité et l’aménagement des rapports entre les citoyens et l’État au regard des différences culturelles et religieuses.
Le Centre culturel chrétien entend poursuivre ce débat et faire valoir le rôle positif des religions dans la sphère sociale et culturelle. C’est pourquoi il a choisi cette année comme thème de son colloque Juifs, Chrétiens, Musulmans : un apport à l’avenir du Québec ? Il voit là une occasion d’échanges entre croyants de ces trois traditions sur leur contribution à la construction d’une société québécoise conviviale. La démarche proposée fait une large place aux questions les plus pertinentes et réunit pour en traiter des personnes qui allient une connaissance profonde de leur tradition respective à une riche expérience d’engagement dans la société. Il ne manque plus que vous pour faire de ce colloque un moment privilégié pour se découvrir mutuellement et rechercher ensemble des pistes porteuses d’avenir.

Les religions sont-elles un problème ou une ressource pour la société?

présentation PowerPoint 

Jacques Racine

Quelles valeurs et quelles pratiques de chacune des trois traditions religieuses sont particulièrement pertinentes pour la société ?

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Samia Amor

À partir d’une posture religieuse, la mienne qui s’inscrit dans la tradition musulmane, une brève analyse des dernières décennies met en évidence la présence du paradoxe suivant. D’une part, les traditions monothéistes font l’objet d’un discrédit en raison d’une présomption de violence, d’intégrisme et d’intolérance de leur message. En témoigne d’ailleurs la récente publicité sur les autobus de la STM favorable à l’athéisme présumé plus soft que la religion. Et d’autre part, la mondialisation s’accompagne d’une mobilité humaine et d’un transfert de valeurs culturelles et religieuses. Sans s’attarder sur ce constat extérieur au débat d’aujourd’hui, cette dynamique migratoire pourrait être perçue, du moins en ce qui me concerne, comme entre autres le signe d’un défi. Celui qui exige de s’atteler à une réflexion sur un « vivre-ensemble » au sein d’une diversité non seulement irréversible, mais surtout génératrice d’un métissage incontournable.
Se situe dans cette perspective, la question débattue autour de cette table ronde sur la pertinence de certaines valeurs et pratiques des traditions monothéistes à la société québécoise. Au préalable, j’aimerais préciser, en ce qui me concerne, le sens donné à la notion de valeurs : « c’est une référence immuable et essentielle qui sert de direction pour l’accomplissement de ma vie et qui se manifeste au quotidien à travers un état d’esprit, des actes et des comportements ». Autrement dit, les valeurs ne relèvent pas d’une simple construction mentale et donc d’une abstraction. Elles ont un contenu et trouvent application dans la réalité.
Et la question ci-dessus posée soulève à la fois l’idée de l’utilité sociale des traditions monothéistes, et celle de la place de leurs valeurs au sein de la société québécoise. Aussi, cet exposé envisage d’aborder cette question en trois temps. D’abord, dans un avant-propos qui trace l’esprit de l’islam par rapport aux valeurs; ensuite, dans une première partie qui expose la valeur prédominante en islam. Et finalement, une seconde partie qui examine la possible articulation entre cette valeur primordiale et les valeurs de la société québécoise.
Avant-propos de l’esprit de l’islam
De toute évidence, l’islam est au même titre que le judaïsme et la chrétienté une tradition religieuse. Mais il est également, voire essentiellement un mode de vie. En témoignent les versets qui prescrivent au croyant une véritable éthique. Elle se manifeste particulièrement par : l’usage de la bonté envers ses parents et autrui, la pratique de bonnes paroles, de sincérité, de droiture, de patience, de modération, de modestie, de respect dans les engagements, d’appel au bien, de proscription du mal et de la moquerie, la rivalité dans la générosité et les bonnes actions, et surtout de la culture du pardon.
Il est vrai, je vous le concède, ce n’est pas cet aspect qui est rapporté par les médias, qui au nom d’une liberté d’expression à géométrie variable, contribuent à la stigmatisation de la tradition religieuse à partir de cas singuliers !
Néanmoins, ces commandements existent et se pratiquent. Et ils se complètent par une sourate (Loqman) qui relate les exhortations d’un père à son fils. Dans les termes modernes et wébériens, cette sourate renferme un « ideal-type » du fidèle. Ce dernier serait détenteur autant de qualités morales dont quelques-unes ont été citées plus haut que de qualités spirituelles en lien avec Dieu.
Conséquemment, ces exigences imposent au musulman d’adhérer à la « commanderie du bien (être bon et faire du bien) et de pratiquer ce que Jacques Berque traduit à juste titre, par le « bel agir ou le bon agir » et qui correspond, en arabe, à la notion d’al ihsan. Et ce musulman est à mon avis, tout individu qui adhère au message du prophète Mohamed, mais également celui qui accepte le Seigneur comme guide et s’en remet à Lui.
Mais quelles sont les raisons de tels impératifs à connotation éducative ? L’un des objectifs de l’islam est d’assurer la formation de l’individu pour qu’il puisse assurer sa fonction de vicaire de Dieu sur terre, c’est-à-dire se considérer comme un usufruitier qui use sans abuser de la propriété de Dieu. Or, l’exercice du vicariat nécessite la piété. Et celle-ci ne se résume pas seulement à la prière ou à la croyance en Dieu. Elle répond aux caractéristiques d’une solidarité sociale édifiée par un individu soucieux de ses proches, de ses amis, de ses voisins, des orphelins, des indigents, des voyageurs, de l’être humain en général, de la nature et des animaux. Une piété qui incite à la domination des instincts, mais également à l’exercice de la raison pour préserver l’humanité en soi et à vivre en harmonie avec son environnement. La condition de l’observance de la piété pour exercer la fonction de vicaire répond à la finalité d’édifier une société juste.
Par conséquent, la tradition islamique se préoccupe de l’individu dans sa dimension humaine et ce, quel que soit l’espace dans lequel il se trouve. Dans cette perspective, l’individu croyant est toujours motivé dans son agir par les valeurs constantes désignées. Autrement dit, il se doit, pour les mettre en application, de lutter contre un individualisme fondé sur la rivalité et la suprématie, et d’adopter une approche de solidarité inclusive de l’autre son semblable, égal à soi. Cet autre avec lequel il tisse des liens stables et continus qui à l’échelle de la société contribuent justement au maintien de la solidité de la société.
Comme on le voit, cet état d’esprit qui prend en compte les autres dans le développement de soi privilégie notamment l’interaction sociale sans distinction spatiale. Il le fait d’autant plus que les repères axiologiques sont dénués d’abstraction. Ils reflètent une dynamique entre l’individu et la collectivité à travers des actes concrets posés au quotidien.
C’est ainsi que les actes cultuels en islam, du fait même qu’ils s’articulent autour de l’axe de l’unicité, définissent à la fois la relation avec Dieu et la relation avec Autrui quel qu’il soit. Dieu est au coeur du comportement du croyant. Celui-ci devrait refléter le témoignage d’une prise de conscience de la présence de Dieu au quotidien. Ainsi, le musulman, dans la conception idéale, n’agit pas en fonction du regard d’autrui mais dans le souci de satisfaire de Dieu.
Il en résulte, que contrairement à la croyance commune, il y a là une expression de liberté intimement liée à la conscience que tout n’est pas permis. Et en soi, Autrui est une source de remise en cause des gestes posés à son égard.
En résumé, dans ce système de valeurs appliqué à l’individu en lien avec la collectivité, l’identité religieuse transcende l’espace privé et se poursuit dans l’espace public. Par conséquent, la dualité spatiale qui confine les valeurs religieuses dans la sphère privée n’a pas d’écho en islam. La tradition religieuse islamique conçoit une spatialité unique fondée sur deux valeurs fondamentales, consubstantielles : la justice et la solidarité sociale. Ce qui conduit à s’interroger sur ces notions objet du point suivant.
La justice en islam en corrélation avec la solidarité sociale
En islam, la justice est une prescription qui réfère à une pratique au quotidien et à son témoignage en toute circonstance. Elle s’applique sans complaisance à l’encontre de soi, de ses parents ou de ses proches. Et même si la faiblesse humaine est soulignée, ainsi que les notions de résistance et le droit de défense contre l’injustice, l’islam ne cautionne nullement les représailles. Au contraire, il encourage au pardon et à la réconciliation. Mais, la compréhension de la justice en islam ne peut faire l’économie de la situer par rapport à Dieu et par rapport aux autres humains.
Ainsi dans sa dimension spirituelle, la justice en islam s’appuie sur le postulat de l’unicité du divin. Dieu est le Créateur de l’univers, des êtres humains, de la faune et de la flore. Par conséquent, l’interaction entre les différentes créations évolue dans un mode d’équilibre et d’harmonie en lien avec Dieu et dont la stabilité dépend de l’action humaine. Cette dernière s’oriente, alors essentiellement, selon des valeurs qui ont pour objectif ultime la recherche de la satisfaction de Dieu dans l’au-delà et à partir du souvenir de sa présence ici-bas. Dès lors, toute autre motivation renferme de manière inhérente le risque d’un déséquilibre qui engendre forcément une injustice. D’où le rappel en islam de la pratique de l’effort constant (Djihad an nafs) pour éviter de succomber à la tentation de vouloir privilégier ses intérêts individuels au détriment de ceux de la collectivité.
Par contre, dans une dimension temporelle, la justice en islam prend la forme d’une solidarité sociale. Elle envisage la mise en place d’un système de redistribution des ressources matérielles par le biais de l’instrument de la Zakkat. Considérée comme un impôt purificateur des biens possédés, la Zakkat est surtout un devoir religieux pour tout croyant détenteur de richesses de répartir un pourcentage déterminé de ses biens auprès des personnes démunies. Un devoir qui renferme une double visée : renforcer la solidarité humaine et protéger l’individu de certains penchants comme l’égoïsme, l’avarice, la cupidité et l’attachement excessif aux biens de ce monde.
Comme on peut le constater, la justice en islam relève quasiment d’un idéal. Être juste envers autrui et endurer les injustices commises sur soi présume au moins l’intégration d’un des attributs de Dieu, c’est-à-dire la compassion, la miséricorde (al-rahma). Toutefois, il me semble que cet idéal pourrait être atteint et concrétisé à condition de répondre à deux prédispositions consubstantielles : le décentrement de soi et le rappel de Dieu.
Mais alors comment cette valeur essentielle en islam trouve-t-elle place au Québec ?
L’articulation de la justice islamique à la justice sociale prônée par la société québécoise
Depuis le nouveau millénaire et particulièrement au cours des deux dernières années, le discours vulgarisé est celui de l’incompatibilité des valeurs islamiques aux valeurs de la société québécoise. À l’instar de la majorité des sociétés occidentales, le Québec fait de la reconnaissance de l’individu une valeur incontournable parce qu’elle est au centre de l’égalité et de la liberté.
Toutefois, l’observation de cette valeur telle qu’elle est appliquée démontre sa propension vers l’individualisme. Sans nécessairement encourager le repli sur soi, celui-ci ne réduit ni n’élimine les inégalités sociales structurelles relatives à la possession de certaines ressources, à l’accès à certains biens, services et à la discrimination. Cependant, cet individualisme a détrôné les valeurs de partage, de solidarité, de coopération et de désintérêt pourtant bien présentes au Québec.
Abstraction faite de cette caractéristique, et au-delà du scepticisme de certains, l’individu, l’égalité et la liberté sont également au centre de la tradition religieuse musulmane. Et comme il a été mentionné précédemment, cet individu oriente plus son action vers la collectivité et la contribution à l’édification d’une justice sociale que vers sa personne. Par conséquent, et à mon avis, la conception de la justice en islam pourrait aisément s’inscrire dans une complémentarité avec la notion de justice sociale défendue au Québec, entendue comme une construction politique qui s’appuie sur les principes d’égalité des droits et qui recherchent une solidarité collective.
En effet, les politiques sociales du Québec s’orientent de plus en plus vers l’édification d’une société juste en menant une lutte contre l’exploitation économique et la prise en compte des inégalités sociales et de la discrimination. Cependant, l’efficacité de ces politiques est menacée par une tendance de plus en plus grande favorable à l’exclusion d’individus religieux de l’espace public au point de susciter un débat social sur la place de la religion dans l’espace public.
Or, si on marque un arrêt sur cette notion d’espace public on se rend compte que la dichotomie spatiale résulte d’un double processus historique de séparation. D’une part, la société entreprend un processus d’affranchissement de la pensée entre monde profane et monde religieux (sécularisation) et d’autre part le politique s’engage dans un processus d’affranchissement de l’État du pouvoir religieux (laïcisation). Il en émerge un espace public produit d’un compromis à un moment donné entre un État en construction et une Église dominante. Et dés sa conception, il porte malgré lui les marques de la suprématie de cette dernière à travers les édifices religieux dans le paysage local. En ce sens, l’espace public n’a jamais été neutre. Et, il n’a jamais signifié le rejet de la religion hors de ses frontières.
En conséquence, l’espace public est initialement conçu comme un espace politique ouvert dans lequel un ensemble d’individus s’organisent pour débattre du « bien commun ». Il est un lieu par excellence de l’expression d’une citoyenneté concernée par le débat de « comment faire société ?». Accessible à tous, il témoigne de la reconnaissance d’un droit de parole et donc de l’affirmation de l’existence d’une pluralité au sein de la société. Car toute prise de parole publique d’un individu introduit à la réalité de sa singularité et de son appartenance à un groupe. Ce bref aperçu autour de l’édification de l’espace public indique qu’il est plus une invitation à l’ouverture qu’à la fermeture. Et son accessibilité aux individus religieux, sans contrainte d’un déni des différences ou d’un diktat de l’uniformité de l’image et du comportement, est une gageure à l’apport des valeurs des traditions religieuses à la société québécoise.
Conclusion
Je souhaiterais terminer cet exposé par une réflexion d’Hanna Arendt qui me paraît pertinente au débat sociétal dans lequel s’inscrit cette journée et pour qui le « pire des dangers qui menacent le paria ce n’est pas l’exclusion elle-même, mais que celle-ci le fasse douter et désespérer de sa propre réalité en lui faisant subir des injustices qui ne sont nulle part reconnues comme telles ».

La pensée sociale catholique

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Brian McDonough

Introduction
Pour souligner l’apport du Christianisme à l’avenir du Québec, j’aurais pu décider de concentrer mes propos sur le patrimoine religieux du Québec, ce trésor culturel qui reflète, depuis la fondation de la Nouvelle France, la recherche de sens et de valeurs du peuple québécois. L’architecture et les objets d’art, la musique et la littérature d’inspiration chrétienne continueront de nourrir ce peuple dans sa quête identitaire et dans ses efforts pour bâtir une société de justice et de paix. Pour grandir, un peuple a besoin non seulement de mémoire, mais aussi de beauté. Mais au lieu de parler du patrimoine religieux, je voudrais examiner le rôle crucial du Christianisme, et du Catholicisme en particulier, dans son apport et son rapport avec les valeurs et idées fondatrices du Québec qui en font une société moderne. C’est pourquoi je voudrais attirer votre attention sur les grands principes de la pensée sociale catholique, et montrer comment ces principes constituent des repères importants dans un Québec en devenir.
La pensée sociale catholique
La pensée sociale catholique est un ensemble de connaissances éclairées par la foi chrétienne, en dialogue cordial avec chaque savoir. Afin de promouvoir une société réconciliée dans la justice et dans l’amour, la pensée sociale catholique s’adresse non seulement aux membres de l’Église mais aussi à l’ensemble de l’humanité, sous le signe de la continuité et du renouvellement.
En plus d’offrir une grille pour analyser la réalité dans toute sa complexité, la pensée sociale catholique peut nous aider à discerner ce qu’il faut faire dans une situation concrète. Elle contribue à la délibération morale en fournissant des principes qui font ressortir les dimensions et les enjeux d’une situation, stimulent la recherche de solutions réalistes et réalisables, permettent d’évaluer les solutions qui se présentent à l’esprit, et conduisent de la prise de décision à l’action concrète.
Les principes de la pensée sociale catholique
Les six grands principes de la pensée sociale catholique sont : le respect de la dignité de la personne humaine, le bien commun, la destination universelle des biens, la subsidiarité, la participation et la solidarité. Ces principes, qui existent en relation dynamique, dialectique et critique les uns par rapport aux autres, se déclinent dans les domaines de la famille, du monde du travail, de la vie économique, de la communauté politique, de la communauté internationale, de la sauvegarde de l’environnement et de la promotion de la paix --- des domaines névralgiques pour l’avenir du Québec.
Le respect de la dignité de la personne est le premier principe --- celui sur lequel tous les autres sont fondés.
« Parce qu’il est à l’image de Dieu, l’être humain a la dignité de personne: il n’est pas seulement quelque chose, mais quelqu’un. » Rappelez-vous une situation où vous avez senti que vous étiez traité davantage comme un objet que comme une personne…
Ce principe rappelle ceci : une société juste ne peut être réalisée qu’à la condition de respecter la dignité transcendante de la personne humaine. L’ordre social « doit être subordonné à l’ordre des personnes et non l’inverse. » Le Québec ne doit pas sacrifier des générations ou des secteurs de la population, au nom d’un ordre social qui ne bénéficiera qu’aux puissants. Ce principe est au coeur du projet porté par un grand nombre de mouvements sociaux et de groupes populaires, qui visent à instaurer un Québec sans pauvreté.
Si la personne humaine est le fondement et la finalité de la communauté politique, le respect de la dignité de la personne exige la protection des droits fondamentaux de la personne. Les droits de la personne « constituent une norme objective qui fonde le droit positif et qui ne peut être ignorée par l’État, car la personne lui est antérieure sur le plan de l’être et des finalités. » Dans un Québec qui sera marqué de plus en plus par la pluralité aux plans religieux, culturel et éthique, ce principe offre aux croyants une justification crédible de leur adhésion aux chartes des droits et libertés. Au nom de ce principe, les Églises du Québec continueront à intervenir en faveur de la défense des droits des plus vulnérables, notamment les réfugiés et les demandeurs d’asile, les victimes du trafic humain, les itinérants, les aînés sans défense, et les personnes qui souffrent de troubles de santé mentale.
Le deuxième principe est le bien commun.
Par bien commun, on entend : « cet ensemble de conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur épanouissement d’une façon plus totale et plus aisée. »
Cette définition du bien commun est à l’origine de la définition du développement social proposée par le Conseil de la santé et du bien-être du Québec: "Le développement social fait référence au renforcement des conditions qui permettent à chaque personne de développer pleinement ses potentiels, de participer pleinement à l'activité sociale et de tirer sa juste part de l'enrichissement collectif tout en y contribuant."
Les exigences du bien commun découlent des conditions sociales de chaque époque et sont étroitement liées au respect et à la promotion intégrale de la personne et de ses droits fondamentaux. Ces exigences font référence aux besoins suivants : l’alimentation, la santé, le logement, le transport, le travail, l’éducation, l’accès à la culture, la libre circulation de l’information, la liberté religieuse et de conscience, un ordre juridique solide et un environnement sain.
L’interaction de ces aspects du bien commun peut s’illustrer comme suit. Actuellement dans des quartiers populaires de la métropole, des ménages se voient dans l’obligation de quitter leur logement, à cause de l’augmentation du loyer ou à cause d’une reprise du logement par le propriétaire. Ces ménages doivent quitter le quartier où ils avaient constitué leur réseau d’entraide pour s’établir dans d’autres secteurs plus périphériques. Dans ces quartiers plus éloignés, il y a relativement peu d’épiceries « du coin », où les personnes en situation de précarité peuvent acheter à crédit. Pour se procurer des aliments, les gens doivent maintenant se rendre dans les centres d’achat, accessibles seulement par transport en commun. Or, et toujours à cause de cet éloignement, le service d’autobus y est plus limité. Ainsi des familles en situation de pauvreté sont confrontées à des conditions sociales qui, le plus souvent, ne favorisent pas d’une façon plus aisée leur développement, encore moins leur épanouissement, et voire même le compromet davantage.
Il revient à l’État de promouvoir le bien commun. Si l’État n’agit pas opportunément en matière économique, sociale et culturelle, des inégalités s’accentueront entre les citoyens, et les relations sociales se détérioreront.
Le troisième principe est celui de la destination universelle des biens.
« Dieu a destiné la terre et tout ce qu’elle contient à l’usage de tous les humains et de tous les peuples, en sorte que les biens de la création doivent équitablement affluer entre les mains de tous. » Ce principe conteste la logique du néo-libéralisme et le contrôle des ressources par une petite minorité. Ce principe est au coeur des campagnes en faveur de l’accès à l’eau potable et de la souveraineté alimentaire, que mènent Développement et paix. De plus en plus au cours des prochaines décennies, les conflits armés, surtout dans les pays du Sud, seront provoqués par la compétition qui fait rage autour de l’accès aux ressources naturelles essentielles.
Le principe de la destination universelle des biens requiert d’accorder une sollicitude particulière aux personnes en situation de pauvreté. À ce propos Jean Paul II, dans son discours aux évêques réunis à Pueblo en 1979, avait insisté sur le fait qu’il fallait « réaffirmer, dans toute sa force, l’option préférentielle pour les pauvres. » Les groupes qui font partie du Collectif pour un Québec sans pauvreté, rappellent toute la pertinence de cette option. Celle-ci est actualisée dans les communautés paroissiales, non seulement à travers les oeuvres caritatives qui répondent à des besoins immédiats et urgents, mais aussi dans les approches axées sur la prise en charge des personnes démunies par ellesmêmes et leur « empowerment » (ex. l’organisation des magasins-partage, des cuisines collectives ou des groupes d’achat économique).
Par contre, ces actions demeurent insuffisantes si elles ne sont pas marquées par l’amour pour autrui. Benoît XVI, dans son premier encyclique Dieu est amour, a rappelé que la participation personnelle et profonde aux besoins et aux souffrances d’autrui est une façon de s’associer à lui : « Pour que le don n’humilie pas l’autre, je dois lui donner non seulement quelque chose de moi, mais moi-même, je dois être présent dans le don en tant que personne. »
Le quatrième principe, la subsidiarité, comporte à la fois un aspect positif et un aspect négatif :
Le principe reconnaît que l’État a la responsabilité d’accorder une aide (= subsidium) aux cellules de la société civile, notamment les familles, les groupes, les associations, et les réalités territoriales locales. Mais il impose aussi à l’État l’obligation de s’abstenir de tout ce qui restreindrait, de fait, l’espace vital de ces cellules. L’initiative, la liberté et la responsabilité de la société civile ne doivent pas être supplantées par l’État. Ce principe reconnaît implicitement le rôle de l’action communautaire autonome dans la création d’un Québec dynamique et solidaire.
Le principe de la subsidiarité signifie aussi que les décisions d’ordre économique, social et politique doivent être prises par les instances les plus proches possibles des personnes qui seront affectées par ces décisions. Ce principe rappelle une des exigences de la vie démocratique. Il met en question la logique de certaines instances gouvernementales qui décident, par exemple, qu’une région du Québec doit être « fermée », sans avoir consulté les résidents au préalable.
Il y a négation du principe de la subsidiarité lorsque l’État, au nom d’une laïcité radicale ou intégrale, cherche à exclure toute expression de la foi religieuse dans les délibérations publiques ou à supprimer toute manifestation ou signe religieux au sein des institutions publiques, telles que le système scolaire ou les établissements de santé. Par contre, le principe de la subsidiarité est respecté lorsque l’État, au nom d’une laïcité ouverte, demeure neutre à l’égard des traditions religieuses. Une telle neutralité n’empêcherait pas l’État de promouvoir les principes qui découlent de la pensée sociale catholique ou de toute autre vision du monde, car ces principes, comme je tente de le démontrer, constituent le socle de la vie démocratique.
Le cinquième principe est celui de la participation.
La participation « s’exprime en une série d’activités à travers lesquelles le citoyen, comme individu ou en association avec d’autres, contribue à la vie culturelle, économique, sociale et politique de la communauté civile à laquelle il appartient. »
« La participation est un devoir que tous doivent consciemment exercer, d’une manière responsable et en vue du bien commun. »
Ce principe a une grande pertinence dans un Québec qui sera marqué par la présence de plusieurs minorités. La pensée sociale catholique reconnaît que les groupes minoritaires ont droit à leur propre existence. Ils ont le droit de conserver leur culture, y compris leur langue, ainsi que leurs convictions religieuses. Mais les minorités ont également des devoirs à remplir, comme en priorité celui de coopérer au bien commun de l’État où elles sont insérées. Les droits et les devoirs des groupes minoritaires furent une des préoccupations centrales des intervenants devant la Commission Taylor-Bouchard.
Mais la reconnaissance des droits et des devoirs ne suffit pas. Pour vivre ensemble, une amitié civile doit régner, notamment entre les membres des traditions religieuses réunis aujourd’hui pour ce colloque.
Le sixième principe, la solidarité, a deux aspects.
Comme principe social, la solidarité est ordonnateur des institutions en vertu duquel les structures de péché doivent être transformées par l’élaboration et la modification de lois et des règles du marché. Par exemple, les structures financières, dominées par l’avidité et par la logique du gain à court terme, semblent avoir conduit les économies des pays industrialisés au bord de la récession économique. Ces structures pourraient être assujetties à une meilleure réglementation, afin d’assurer plus de transparence et une meilleure protection du bien commun.
Comme valeur morale, la solidarité « est la détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien commun; c’est-à-dire pour le bien de tous et de chacun parce que tous nous sommes vraiment responsables de tous. »
La pensée sociale catholique et la vie démocratique
Le sujet de l’autorité politique est le peuple, considéré dans sa totalité comme détenteur de la souveraineté. Le peuple transfère l’exercice de sa souveraineté à ceux qu’il élit librement comme étant ses représentants, mais le peuple conserve la faculté de la faire valoir en contrôlant l’action des gouvernants et en les remplaçant s’ils ne remplissent pas leurs fonctions de manière satisfaisante. Les régimes démocratiques, grâce à leurs procédures de contrôle, favorisent une meilleure pratique de la souveraineté du peuple. Une démocratie authentique dépend non seulement de la mise en oeuvre d’un état de droit, mais aussi d’une conception de la personne humaine qui conduit au respect de sa dignité, à la défense des droits fondamentaux et à l’acceptation du bien commun comme fin et critère de régulation de la vie politique.
Le relativisme éthique serait l’un des risques majeurs pour les démocraties, car le relativisme induit à estimer qu’il n’existe pas de critère objectif et universel pour établir le fondement des valeurs. « S’il n’existe aucune vérité dernière qui guide et oriente l’action politique, les idées et les convictions peuvent être facilement exploitées au profit du pouvoir. Une démocratie sans valeurs se transforme facilement en totalitarisme déclaré ou sournois, comme le montre l’histoire. »
Conclusion
Les principes de la pensée sociale catholique offrent des bases solides à la construction d’une société québécoise conviviale, marquée par un souci de liberté, de justice et de compassion. La pensée sociale de l’Église catholique est un trésor qui mérite d’être découvert par tous les Québécois et Québécoises.

L'apport de la communauté juive à la société québécoise

Résumé de conférence par Mathieu Lavigne

Joseph Gabay

La conférence prononcée par M. Joseph Gabay se divise en quatre parties. Dans les deux premières, le conférencier définit brièvement ce qu'est le judaïsme et décrit les grandes lignes de son credo. La troisième partie porte sur l'apport de la communauté juive à la société québécoise, et plus particulièrement à la vie montréalaise. Dans la quatrième et dernière partie, M. Gabay revient succinctement sur les travaux de la Commission Bouchard-Taylor.
Qu'est-ce que le judaïsme ?
M. Gabay aborde ce thème en rappelant les mots de quelques hommes célèbres, notamment Moïse, qui a dit que « Tout est dans la tête », qu'il faut réfléchir à la Torah, au message divin. De son côté, Jésus a dit : « Tout est dans le cœur », qu'il faut s'aimer les uns les autres. Marx a dit : « Tout est dans le ventre », qu'il faut que les hommes mangent à leur faim. Freud affirme plutôt que « Tout est dans le bas-ventre », que les actions de l'homme sont en grande partie liées à sa libido. Finalement, Einstein a dit : « Tout est relatif ».
Ces cinq grands hommes ont au moins deux choses en communs. Premièrement, ils ont en commun leur différence, chacun observant le monde à partir d'un point de vue particulier, soit l'intellect, le cœur, la société, l'individu et la science. Deuxièmement, ils ont en commun le fait d'être tous juifs. Pour M. Gabay, le fait que ces cinq grands hommes très différents soient juifs montre qu'on pourrait difficilement définir le judaïsme comme une religion. Par exemple, Marx se considère juif, mais il est loin d'être religieux. Il y a des juifs religieux et des juifs non-religieux, mais tous se sentent juifs. Ainsi, le judaïsme tient davantage du mode de vie. Il n'y a pas d'essence juive, il y a autant de façon d'être juifs qu'il y a de juifs.
La tradition juive est universaliste, elle n'est pas universelle. Cette tradition considère qu'il y a des adeptes de la tradition juive, religieux ou non, les autres n'étant pas exclus ou damnés parce qu'ils ne sont pas juifs. Selon M. Gabay, la phrase « Hors de la synagogue, point de salut » ne peut être une phrase juive. Il y a un salut à l'extérieur de la synagogue.
Dans la tradition juive, il n'y a pas de prosélytisme. Cette tradition ne cherche pas à accroître son nombre d'adeptes. L'autre, le non-juif, doit plutôt trouver sa propre croyance, trouver ou retrouver sa propre tradition, le monde s'enrichissant de cette pluralité. Ainsi, il y a dans la tradition juive un très grand respect pour ce qui n'est pas juif. Lorsque Dieu dit : « Tu es mon aîné, Israël », cela implique que les autres enfants sont aussi des enfants de Dieu.
Le credo du judaïsme
Dans la tradition juive, le monde fut façonné pendant six jours par Dieu. À la fin du sixième jour, Dieu confie le monde aux humains. M. Gabay développe l'idée que Dieu a besoin des humains. Au niveau de Dieu, les valeurs d'amour, de charité, de justice existent, mais en tant que concepts. Pour les traduire dans la réalité, Dieu doit les incarner, et c'est en ce sens qu'Il a besoin de l'homme, c'est en ce sens qu'Il confie le monde à l'homme à l'issue du sixième jour. Selon la tradition juive, nous sommes dans le Shabbat de Dieu, Dieu fait son Shabbat, Il ne travaille pas et c'est l'Homme qui travaille pour faire aboutir le projet de Dieu. L'Homme doit mettre le monde en ordre. Le conférencier souligne que dans la tradition juive, Dieu nous confie un monde à l'état de nature, et nous devons penser ce monde et agir afin de le transformer en monde de culture. Cette transformation s'effectue par le travail, entendu dans son sens le plus large. M. Gabay rappelle qu'en hébreux, le mot avodâ signifie « travail », mais aussi « culte ». Ainsi, le professeur de mathématique, l'éboueur, l'agriculteur, l'agriculture étant d'ailleurs la première culture, font tous avancer le monde par leur travail. Le travail est donc une forme de culte : toute personne qui contribue à faire passer le monde de l'état de nature à l'état de culture pose un geste religieux car elle aide à faire aboutir le projet de Dieu.
Du point de vue du judaïsme, les sociétés dirigées par un gouvernement font un travail qui s'inscrit dans le cadre de la réalisation du projet de Dieu, les gouvernements pouvant contribuer à l'épanouissement du monde. Il faut donc prier pour la paix au niveau des gouvernements, la paix étant nécessaire au passage d'un monde de nature à un monde de culture.
Comment la communauté juive contribue-t-elle à la société québécoise?
Avant de parler plus particulièrement de l'apport de la communauté juive à la société québécoise, M. Gabay nous propose de réfléchir sur l'apport des Juifs à la société mondiale. Il nous invite à consulter la liste des récipiendaires du Prix Nobel, afin de constater le grand nombre de Juifs qui y sont inscrits, en plus de souligner le rôle majeur de la société israélienne dans la recherche scientifique, les technologies les plus avancées y étant développées.
L'apport de cette communauté à la société québécoise, et plus particulièrement à la vie montréalaise, est aussi évident. La communauté juive possède un nombre impressionnant d'institutions, d'organismes, d'associations qui se posent comme des « sous-traitants » des différents ministères gouvernementaux. Par exemple, l'Appel Juif Unifié prend le relais du ministère du Revenu et des Finances, alors que l'Hôpital Général Juif de Montréal, dont 80% des patients et du personnel est composé de non-juifs, prend le relais du ministère de la Santé. Les écoles juives sont le prolongement du ministère de l'Éducation dans cette communauté, pendant qu'une panoplie d'organismes communautaires font de même pour le ministère des Affaires sociales. Un organisme comme ProMontréal, qui aide les jeunes diplômés à se trouver un emploi, prend le relais du ministère de la Jeunesse. Le Centre Saidye Bronfman, la Bibliothèque publique juive et le Centre commémoratif de l'Holocauste sont en quelque sorte des « sous-traitants » des ministères de la Culture et du Patrimoine. Le gouvernement a le devoir d'offrir des services à tous les citoyens. Les organismes et les institutions ici cités sont le produit de la communauté juive et ils offrent des services personnalisés, adaptés à cette communauté. Ce faisant, ils aident le gouvernement à accomplir ses devoirs envers les citoyens québécois membre de la communauté juive. De plus, les services offerts ne sont pas exclusifs aux seuls membres de la communauté juive, comme l'illustre l'exemple de l'Hôpital Général Juif de Montréal mentionné plus haut.
M. Gabay précise aussi que l'implication sociale et communautaire des Juifs de Montréal et du Québec ne se limite pas aux seuls organismes juifs. Des milliers de membres de cette communauté œuvrent dans divers regroupements et participent aux grands débats touchant l'ensemble de la société québécoise, que ce soient les débats sur la langue française ou ceux entourant la Commission Bouchard-Taylor, pour ne nommer que ceux-là. Pour le conférencier, il semble évident que ces personnes engagées, œuvrant à l'avancement de la société, agissent en incarnant, consciemment ou non, les valeurs juives de justice sociale et de charité.
Quelques mots sur la Commission Bouchard-Taylor
Dans la dernière partie de son exposé, M. Gabay développe l'idée qu'une société laïque n'est pas une société athée : une société laïque est une société qui ne prône pas une religion en particulier, c'est une société dans laquelle les religions peuvent vivre côte à côte, l'une avec l'autre. La société est composée de groupes, certains étant religieux, d'autres pas. L'humain en société se retrouve donc nécessairement aux côtés d'autres personnes très différentes de lui. Contrairement à ce qu'affirma Jean-Paul Sartre, M. Gabay ne croit pas que « l'enfer, c'est les autres ». Selon lui, l'Autre est en quelque sorte le « paradis » car il nous apporte quelque chose de différent, une autre vision du monde. Le conférencier ajoute que la religion est une alternative à l'absurde, la mienne tout comme celle de l'Autre.
M. Gabay, qui a le sens de la formule, nous offre sa définition de ce qu'est un accommodement raisonnable : selon lui, il s'agirait d'un accommodement qui accommoderait les uns, sans incommoder raisonnablement les autres. Par exemple, si les Juifs hassidiques d'Outremont demandaient de fermer la piscine municipale le samedi pour pouvoir aller s'y baigner en toute quiétude, il s'agirait d'une demande déraisonnable. Toutefois, lorsque ce même groupe demande que l'on installe un érouv afin de pouvoir fonctionner en tout respect de ses croyances, il s'agit d'une demande qui accommode les uns et qui ne devrait pas incommoder les autres, le érouv étant un fil tendu discrètement au pourtour de la ville. Pourtant, cet accommodement entraîna plusieurs plaintes, des plaintes qui, selon M. Gabay, n'étaient pas raisonnables, reflétant plutôt un refus de céder quoi que ce soit à un groupe religieux, peu importe lequel, peu importe la demande effectuée. Toujours selon le conférencier, c'est cette même attitude déraisonnable qui est à la source du tollé qu'a déclenché la demande de juifs hassidiques de teindre les vitres du YMCA de l'avenue du Parc. Comme il fut mentionné dans cet exposé, le religieux a été sorti par la grande porte lors de la Révolution tranquille et plusieurs craignent son retour, le simple fait de parler de religion donnant à certains de l'urticaire. Ce qui fait dire à M. Gabay cette phrase bien sentie en guise de conclusion : « L'urticaire, ça se soigne ».